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Raviver le potentiel artistique d’un vieil instrument scientifique

L’oscillateur est un instrument électronique du milieu du XXe siècle qui a la forme d’une boîte de 20 centimètres sur 30, pèse plus de neuf kilogrammes et ne produit qu’un seul son. A priori, ce n’est pas l’outil idéal pour composer des pièces musicales. Voilà pourtant le défi qui s’inscrit au cœur du projet Ensemble d’oscillateurs de Nicolas Bernier, directeur du laboratoire son / matière de la Faculté de musique de l’Université de Montréal.

L’usage d’un outil aussi basique les a forcés à utiliser toutes les nuances de cette onde sonore.

L’oscillateur est un appareil qui servait au départ à calibrer des systèmes électroniques de télécommunications, mais dans les années 1950, des musiciens inventifs l’ont utilisé pour donner naissance à la musique électronique. Par la suite, il a été relégué aux oubliettes par les progrès technologiques et l’arrivée des ordinateurs, qui permettent de créer n’importe quel son imaginable. Or, l’oscillateur n’en produit qu’un seul : l’onde sinusoïdale.

Le chercheur a réuni un ensemble de dix musiciens afin de composer de la musique avec des oscillateurs. L’usage d’un outil aussi basique les a forcés à utiliser toutes les nuances de cette onde sonore. L’équipe a aussi développé une application qui permet aux musiciens de lire les partitions. Nul « do, ré, mi » sur ces dernières, mais plutôt des fréquences et des modulations d’amplitude illustrées graphiquement.

En plus d’avoir permis de revisiter des pièces maîtresses du début de l’ère de la musique électronique, notamment Jar Piece (1966), de Pauline Oliveros, l’ensemble musical a stimulé la créativité des compositeurs québécois et favorisé la collaboration avec des artistes de renommée internationale.

Les musiciens s’efforcent maintenant de traduire musicalement les œuvres abstraites du peintre Yves Gaucher. Ils développent aussi des ateliers d’initiation à la musique électronique destinés aux enfants. Les recherches autour de la musique créée avec l’onde sinusoïdale demeurent rares. Au cours des prochaines années, le groupe veut collaborer avec des historiens, des archivistes, des techniciens et des musicologues, afin d’enrichir les connaissances dans ce domaine.