Le nombre de personnes vivant avec un trouble du spectre de l’autisme a bondi de 2400 % entre 2000 et 2024, selon l’Institut national de santé publique du Québec. Cette donnée témoigne de grands changements dans la manière dont l’autisme est compris.
Julien Prud’homme, chercheur au Département des sciences humaines de l’Université du Québec à Trois-Rivières, a retracé l’histoire du concept d’autisme au Québec entre 1972 et 2018. Il a consulté maints documents produits par les gouvernements, des professionnelles et professionnels de la santé et de l’éducation et des associations de parents d’enfants autistes. Il a également mené des entrevues auprès de certaines de ces associations.
Son constat est clair : le concept d’autisme s’est transformé au Québec en quelques décennies. Dans les années 1980, le nombre de personnes diagnostiquées autistes reste très faible. Entre les années 1990 et 2000, on commence à parler d’autisme pour des individus auxquels on aurait auparavant diagnostiqué une déficience intellectuelle ou des troubles d’apprentissage.
Puis, à partir des années 2010, des personnes qui, jusque-là n’auraient pas été diagnostiquées de quoi que ce soit, commencent à être étiquetées « autiste ». Cette tendance s’accompagne d’une augmentation de la médicalisation des enfants jugés neuro-divergents et de la création d’un secteur professionnel dédié au traitement de l’autisme.
Le rôle des associations de parents a aussi évolué. Entre 1990 et le début des années 2000, il a été animé par des croyances comme l’impact des vaccins, de l’alimentation ou de l’électromagnétisme sur l’autisme. Ces idées les ont marginalisées. Puis, les associations se sont rangées du côté de définitions plus scientifiques de l’autisme.
Pour Julien Prud’homme, l’histoire du concept de l’autisme raconte le rapport à la différence des personnes qui vivent avec une neurodivergence et de la société dans son ensemble.
Pour en savoir plus sur la statistique citée : https://www.inspq.qc.ca/indicateur/developpement-des-jeunes/trouble-spectre-autisme



