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Quelques gouttes d’urine pour détecter le cancer de la vessie

Détecter la présence d’un cancer de la vessie exige aujourd’hui le recours à des procédures diagnostiques et de suivi particulièrement invasives. Lorsqu’une personne présente du sang dans l’urine – un symptôme fréquent, mais souvent lié à d’autres causes bénignes comme une infection ou des calculs rénaux –, la méthode de référence demeure la cystoscopie, qui consiste à insérer une caméra dans la vessie en passant par l’urètre. Cet examen est coûteux et inconfortable, en plus de mobiliser d’importantes ressources médicales. De plus, les patients traités pour un cancer de la vessie doivent subir ce suivi tous les trois à six mois pendant plusieurs années, afin de détecter une éventuelle récidive. Pour le professeur François-Michel Boisvert, de l’Institut de recherche sur le cancer de l’Université de Sherbrooke, il devenait essentiel de développer une approche plus simple et plus accessible pour améliorer l’expérience des personnes qui en sont atteintes.

Son équipe a donc entrepris de rechercher des biomarqueurs urinaires capables de détecter la présence de ce cancer à partir d’un simple échantillon d’urine. Après une première étape menée auprès d’une centaine de patients et de patientes, l’équipe de recherche a identifié une combinaison de protéines associées à la maladie, puis validé ces résultats sur une deuxième cohorte indépendante. Le projet a ensuite pris une ampleur internationale, grâce à une étude multicentrique regroupant 1 200 patientes et patients au Canada, en Allemagne, en France et au Bangladesh, en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé. L’objectif consiste à s’assurer que le test fonctionne dans des populations diversifiées sur le plan génétique et clinique, tout en le comparant aux autres outils diagnostiques existants. Les résultats obtenus jusqu’à présent sont très prometteurs : le test non invasif pourrait surpasser l’utilisation de la cystoscopie, qui ne détecte qu’environ 75 % des cancers.

Les travaux s’orientent maintenant vers le développement d’un test fiable et rapide semblable aux tests antigéniques popularisés durant la pandémie de COVID-19. En partenariat avec la startup montréalaise Rynd Biotech, l’équipe du professeur Boisvert développe un prototype capable de fournir des résultats à partir de quelques gouttes d’urine. Si les essais cliniques confirment l’efficacité de cette innovation, celle-ci pourrait réduire grandement le recours aux examens coûteux et invasifs, accélérer les diagnostics et transformer durablement le suivi du cancer de la vessie partout dans le monde.

 

Références

Fiche du projet dans le cadre du programme européen Réseau ERAPerMed - médecine personnalisée

Martel, A., Raue, L., Hodonou Avogbe, P., Raisch, J., Jeldres, C., Ecke, T., Vian, E., Hosen, M. I., Rabien, A., Le Calvez-Kelm, F., Boisvert, F.-M. et al. (2025). Urinary biomarkers in multicentric studies: Shaping the future of bladder cancer diagnosis and follow-up. BJUI Compass. Advance online publication. https://doi.org/10.1002/bco2.70124

Bouchard, S., Lévesque, D., Raisch, J., Bisaillon, M., Jeldres, C., et Boisvert, F.-M. (2025). Identification of a highly sensitive combination of urinary protein biomarkers for the detection of high-grade bladder cancer. JU Open Plus, 3(12), e00148. https://doi.org/10.1097/JU9.0000000000000389