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De missionnaire à héros national

Né au Québec, le père Albert Lacombe (1827-1916) a laissé une trace indélébile dans l’Ouest canadien. Des villes et des écoles y ont été nommées en son honneur et un monument près d’Edmonton perpétue sa mémoire.

Catherine Larochelle, chercheuse au Département d’histoire de l’Université de Montréal, a voulu comprendre les processus qui ont contribué à en faire un héros, même de son vivant.

Le père Lacombe, ordonné prêtre en juin 1849, passera plusieurs décennies dans l’Ouest. Il y œuvrera comme missionnaire, notamment auprès des Cris et des Pieds-Noirs. À l’époque, le Canada est en pleine colonisation de l’Ouest. Le père Lacombe sera d’ailleurs le premier curé de Calgary.

Les ordres religieux canadiens-français qui s’adonnaient au missionnariat publiaient des récits des aventures de ses missionnaires. Ces derniers écrivaient beaucoup eux-mêmes, notamment des lettres. Ces écrits servaient à témoigner de ce qu’ils vivaient, mais aussi à convaincre les catholiques du Canada et de France de l’importance de leur missionnariat, afin de recueillir du financement.

Catherine Larochelle a noté des différences significatives entre les missives envoyées par les missionnaires et leur version rendue publique. Les ordres religieux orientaient les publications afin de renforcer les préjugés racistes envers les Premiers Peuples, sans égards aux propos plus nuancés des missionnaires.

Les travaux ont permis de mieux comprendre le rôle joué par Albert Lacombe dans la mise sur pied des pensionnats autochtones dans l’Ouest, et le soutien dont il a bénéficié parmi la population québécoise, et à travers les organisations missionnaires catholiques mondiales.

Les recherches ont révélé l’importance de femmes auteures qui ont écrit des biographies de Lacombe, contribuant à forger sa légende. Elles éclairent aussi la place occupée par des religieuses missionnaires catholiques du 19e siècle dans le projet colonial canadien.