Les attentats sont des événements soudains, violents et troublants. Leur impact n’épargne pas les journalistes et teinte parfois la couverture médiatique de ces épisodes.
Marie-Eve Carignan, chercheuse en communications à l’Université de Sherbrooke, et son équipe ont analysé comment les journalistes ont rapporté les faits entourant cinq attentats revendiqués par le groupe armé État islamique au Canada, aux États-Unis, en France, en Belgique et au Royaume-Uni. En plus de lire près de 1 500 articles, ils ont réalisé des entretiens avec cinq journalistes et étudié des décisions prises par des organismes d’autorégulation médiatique.
Cet examen rigoureux a fait ressortir certaines lacunes dans la couverture. L’association entre la religion musulmane et l’extrémisme violent apparaissait dans près du tiers des articles. Des suppositions et des éléments non confirmés ou même faux et présentés comme des faits avérés ont parfois été publiés. Dans certains textes, l’opinion se mélangeait avec le factuel sans que la ligne entre les deux soit nettement tracée. Des journalistes ont en outre placé des victimes survivantes, des familles des victimes décédées ou des proches des responsables des attaques au cœur de leur article sans leur consentement.
Les journalistes ont fait part de la difficulté particulière liée au traitement de ces événements. Ils sont souvent appelés à écrire et à publier rapidement, alors que les événements ne sont pas encore très clairs et que la charge émotionnelle reste vive. Les conditions de couverture sont également compliquées par le fait qu’ils vivent eux-mêmes l’attentat qui s’est produit dans leur ville, voire leur quartier.
L’équipe de Marie-Eve Carignan a présenté ses conclusions dans des conférences, notamment devant des classes de journalisme. La recherche a aussi fait l’objet d’un article dans le Trente, la publication de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec



