Le contrôle du bio-encrassement (biofouling), l’accumulation indésirable d’organismes marins sur les coques des bateaux, représente un défi majeur pour le secteur maritime, car cette biocolonisation augmente la consommation de carburant et favorise la dispersion d’espèces invasives. Comme l’explique Karine Lemarchand, professeure à l’UQAR au moment de l’étude, les solutions actuelles sont problématiques : plus de 95 % des navires utilisent des peintures contenant des biocides qui sont toxiques pour la faune et la flore locales. Face à des règlements de plus en plus stricts, notamment en Europe, où de nombreux agents chimiques sont désormais interdits, il est devenu impératif de concevoir d’autres solutions durables. L’enjeu consiste donc à protéger l’efficacité du transport maritime tout en stoppant la contamination des écosystèmes marins et en préservant la santé des travailleurs qui manipulent ces peintures protectrices.
Le projet PAINTS a mobilisé des chercheurs du Québec et de la France pour tester huit revêtements innovants à base de xérogels et de silicones. Karine Lemarchand souligne que, contrairement aux méthodes traditionnelles qui tuent les organismes, ces technologies misent sur des propriétés mécaniques empêchant une forte adhésion : le simple mouvement du bateau suffit alors souvent à détacher le biofilm microbien, étape essentielle à la biocolonisation. Les tests ont été menés dans des conditions contrastées, à Rimouski et Sept-Îles, jusqu’à Toulon, Lorient et l’île de la Réunion. Cette approche multidisciplinaire a permis de confirmer que certains revêtements exempts de biocides, bien que légèrement moins performants que leurs homologues toxiques, offrent une efficacité réelle tout en étant sécuritaires pour l’environnement.
Quoique prometteurs, ces nouveaux revêtements ne sont pas encore totalement prêts à être commercialisés à grande échelle. Les recherches futures devront se concentrer sur l’amélioration de la durabilité de ces produits et sur une meilleure compréhension de leur potentiel à lutter contre la colonisation par des espèces pathogènes. Le projet a également révélé des freins sur le plan sociologique : une étude menée auprès de plaisanciers montre que si l’ouverture au changement existe, le coût plus élevé et la crainte d’une efficacité moindre freinent l’adoption de ces produits. Le passage à une navigation totalement écologique nécessitera un accompagnement des pouvoirs publics pour encourager ces solutions innovantes.
Références
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