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Détecteur de rumeurs

COVID: des vaccins conçus à partir d’embryons avortés ? Faux

Les articles du Détecteur de rumeurs sont rédigés par des journalistes
scientifiques de l'Agence Science-Presse. Les Fonds de recherche du Québec et
le Bureau de coopération interuniversitaire sont partenaires du Détecteur de rumeurs.

Auteur : Agence Science Presse - Catherine Crépeau

Des évêques canadiens et américains en ont pris plus d’un par surprise ces derniers jours, avec des avertissements où étaient évoqués pêle-mêle avortements, embryons et vaccins contre la COVID. Le Détecteur de rumeurs met un peu d’ordre dans ces informations.

L’origine de l’histoire

La Conférence des évêques catholiques du Canada et celle des États-Unis ont publié ce mois-ci de courts textes mettant en garde les catholiques face aux vaccins contre la COVID-19 des compagnies Johnson & Johnson et AstraZeneca. Ceux-ci auraient été, selon les évêques, « développés, testés et produits avec des lignées cellulaires dérivées de l’avortement ».

Les évêques reprochent ainsi aux deux sociétés pharmaceutiques « d’utiliser des lignées cellulaires dérivées de l’avortement dans leur développement, leur production et leurs essais cliniques ». Un procédé qui soulèverait, à leurs yeux, des préoccupations éthiques pour les catholiques qui ne veulent pas soutenir l’avortement. Pour l'archidiocèse de la Nouvelle-Orléans, la vaccination est même « moralement compromise ».

Les faits

Le problème est que ces allégations créent de la confusion. Il n’y a aucune cellule fœtale dans les vaccins, contrairement à ce que certains ont pu comprendre de la sortie des évêques.

Comme le rappelait l’an dernier la revue Science, les développeurs de vaccins utilisent en général une des deux lignées cellulaires fœtales humaines: HEK-293, une lignée cellulaire rénale largement utilisée dans la recherche et l'industrie qui provient, à l’origine, d'un fœtus avorté vers 1972; et PER.C6, une lignée cellulaire exclusive appartenant à Janssen, une filiale de Johnson & Johnson, qui a été développée à partir de cellules rétiniennes d'un fœtus de 18 semaines avorté en 1985.

Les deux lignées cellulaires ont été développées dans le laboratoire du biologiste moléculaire Alex van der Eb, à l'Université de Leiden, aux Pays-Bas.

La technique utilisée par Johnson & Johnson et par AstraZeneca est donc bien plus ancienne que la COVID. Elle avait été utilisée, par ces laboratoires et par tous les autres laboratoires de la planète, pour mettre au point, entre autres, les vaccins contre la varicelle, l’hépatite et le zona, ainsi que des médicaments contre, par exemple, la polyarthrite rhumatoïde et la fibrose kystique.

La technique consiste à prélever un échantillon de quelques cellules qui sont les « descendantes » de ces cellules fœtales, et de les cultiver en laboratoire pour les multiplier.

Pourquoi des cellules humaines? Parce qu’elles sont utilisées comme des «usines» pour générer de grandes quantités d'adénovirus : une très vaste famille de ces virus qui infectent l’humain et certains animaux — le rhume en fait partie. L'adénovirus se développe et se multiplie jusqu'à ce que les cellules embryonnaires se désagrègent. Les scientifiques éliminent ensuite ce qui reste du matériel cellulaire pour ne conserver que les adénovirus qui serviront au vaccin.

Rappelons qu’il s’agit là de la base du procédé de fabrication d’un vaccin: un virus, d’abord rendu inoffensif (les adénovirus sont modifiés génétiquement pour être incapables de se répliquer chez leurs futurs hôtes). Ce virus est ensuite injecté afin d’apporter aux cellules des personnes vaccinées les instructions génétiques dont leur système immunitaire aura besoin pour réagir, le jour où il sera confronté au véritable virus. Or, ce virus, pour être « fabriqué », a besoin de cellules humaines en laboratoire, puisqu’un virus ne peut pas croître tout seul.

Même le Vatican approuve

En décembre dernier, le Vatican a assuré dans une déclaration d’une page que, même si les vaccins ont été développés avec l'utilisation de cellules dérivées de fœtus avortés il y a des décennies, il est «moralement acceptable» pour les catholiques de recevoir un de ces vaccins. Une position qu’il avait déjà publiée en 2005 et en 2017. La déclaration précise qu’en l’absence d'autres options, le rôle des vaccinés dans un avortement qui « a eu lieu au siècle dernier » est « lointain » et que, face au « grave danger » posé par la COVID-19, les catholiques ont le devoir moral de protéger leur santé.

Même ainsi, la Congrégation pour la doctrine de la foi du Vatican, le bureau chargé de défendre la doctrine catholique, souligne que « l'utilisation de tels vaccins n'implique et ne devrait en aucun cas impliquer qu'il existe une approbation morale de l'utilisation de lignées cellulaires provenant de fœtus avortés. »

La déclaration évoque également un « impératif moral » pour l’industrie pharmaceutique, les gouvernements et les organisations internationales, de s’assurer que des vaccins soient « éthiquement acceptables » et accessibles aux pays les plus pauvres, et ce, à faible coût.

Verdict

Des cellules ont bien été prélevées sur deux fœtus avortés dans les années 1970 et 1980, mais aujourd’hui, ce sont les lointaines descendantes de ces cellules, cultivées en laboratoire, qui sont utilisées —et qui l’ont été pour le développement de très nombreux vaccins et médicaments dans les quatre dernières décennies.