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Une leçon de la pandémie : l’importance d’investir à long terme en recherche fondamentale

L’année 2021 n’a pas été de tout repos. On se souhaite une année 2022 au cours de laquelle nous pourrons reprendre plusieurs de nos activités, qu’elles soient scientifiques, sociales, culturelles, familiales ou amicales. Il me semble que ça va nous faire du bien à pouvoir discuter de derniers résultats de recherche en personne, près de la machine à café ou en cassant la croûte à la cafétéria… Il ne faut pas lâcher, ça s’en vient, même si on réalise de plus en plus que la vaccination de toutes les populations de la planète est urgente et que l’on devra apprendre à vivre avec ce virus et ses variants!

Les 12 derniers mois ont posé des défis continus en termes d’enseignement et de formation à distance, de télétravail, d’accès aux laboratoires, aux terrains d’investigation et aux facilités de recherche de tous types. En termes aussi d’impacts importants à moyen et long terme, sans parler du bien-être et de la santé mentale de chacun et chacune d’entre nous. Il sera important pour nous, aux Fonds de recherche du Québec (FRQ), de tenir compte de ces nouvelles réalités dans tous nos programmes. Plusieurs initiatives ont déjà été prises en ce sens. Il en va de même dans mon rôle de conseiller du gouvernement : ne pas minimiser les impacts de la COVID-19 sur l’ensemble de notre société.

Toutefois, la science et la recherche n’ont jamais été aussi visibles et présentes sur la place publique et dans les médias depuis le début de la pandémie. Le développement rapide des vaccins à l’ARNm constitue un tour de force spectaculaire qui a démontré comme jamais l’importance d’investir à long terme en recherche fondamentale pour nos gouvernements. Aujourd’hui, on a besoin de plus de virologistes; demain, ce seront peut-être des géologues, des entomologistes, ou qui sait, des experts en sciences religieuses. Il est tout à fait essentiel d’appuyer tous les secteurs et toutes les disciplines de recherche si on veut être en mesure de relever les grands défis de société d’aujourd’hui, incluant les changements climatiques et les changements démographiques, et de demain. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter une entrevue de fin d’année que j’ai donnée à Radio-Canada.

Je remercie ceux et celles qui ont été très présents sur la place publique depuis le début de la pandémie. Ces interventions ne sont pas toujours faciles, mais se révèlent essentielles même si ce travail n’est pas toujours reconnu à sa juste valeur par nos organisations, qui doivent de plus trop souvent faire face à de la désinformation et à des attaques personnelles. En collaboration avec des partenaires, nous désirons valoriser davantage ce type d’activités et d’expertises Science et société, en plus d’appuyer la formation et la recherche dans ce domaine.

Dossiers prioritaires en 2022

Je mentionnerais deux dossiers prioritaires pour 2022 : la nouvelle Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation (SQRI) et les nouveaux plans stratégiques des FRQ. Je suis toujours aussi très impliqué dans le grand dossier des futures zones d’innovation et dans la mise en place des recommandations du Rapport sur l’université québécoise du futur.

Sous le leadership de notre ministère de l’Économie et de l’Innovation, et en partenariat avec le Conseil de l’innovation et l’innovateur en chef du Québec, nous avons pris part à de multiples consultations en lien avec l’élaboration de la prochaine SQRI. Plusieurs d’entre vous y ont sans doute participé et je vous en remercie. Un des moments forts des consultations a sans doute été le Grand Rendez-vous de l’innovation québécoise, qui a eu lieu les 18 et 19 novembre dernier. Lors de la journée du 19 novembre, consacrée à neuf forums, les FRQ avaient organisé le Forum du milieu de la recherche académique et, en clôture de l’événement, j’ai eu mes 180 secondes de gloire pour résumer les principales recommandations de notre Forum au ministre Pierre Fitzgibbon. Les conclusions les plus importantes des discussions incluent la nécessité absolue d’investir davantage en recherche fondamentale et dans toutes les disciplines; l’appui à la formation de la relève en s’assurant d’avoir des programmes souples qui facilitent l’accès aux études supérieures à toutes nos communautés; la science ouverte et le libre accès; les grands principes d’équité, de diversité et d’inclusion (EDI); et enfin, les grands défis de société en lien avec les objectifs de développement durable des Nations-Unies (ODD). L’implication citoyenne, par l’intermédiaire de programmes en recherche participative et des principes de l’innovation « inversée », a été un point important des échanges. Nous sommes maintenant dans la phase finale de la rédaction de la SQRI, qui devrait être lancée par notre ministre au printemps.

En parallèle, nous sommes à finaliser les trois plans stratégiques des FRQ qui se sont bien sûr nourris des larges consultations sur la SQRI, en plus de s’inspirer de nos propres consultations. La société civile a aussi été consultée (lire le rapport), de même que l’ensemble des ministères. Plusieurs séances des conseils d’administration ont été consacrées à la planification stratégique. Nous devrions être en mesure de faire adopter les trois plans d’ici quelques semaines. Dans les grandes lignes, les priorités seront axées sur : a) l’appui à la recherche fondamentale; b) la formation de la relève sur la base des recommandations du Rapport sur l’université québécoise du futur; c) les principes d’EDI; d) la science ouverte; e) les grands défis de société, incluant les ODD. Le volet Science et société sera développé davantage avec la bonification des programmes Audace, Engagement et Dialogue. La pandémie a clairement démontré l’importance de renforcer les liens de la science et de la recherche avec nos concitoyennes et concitoyens partout au Québec. Nous sommes aussi en train de mettre sur pied divers mécanismes qui devraient faciliter les liens avec les élus et les fonctionnaires, favorisant ainsi la prise de décisions informée par les données probantes et la recherche. Il s’agit d’un chantier important.

Enfin, à titre de nouveau président de l’International Network for Government Science Advice (je vous invite à devenir membre, c’est gratuit et on compte plus de 5000 membres dans 130 pays!) et avec l’appui de la petite équipe et du conseil d’administration, je vais me concentrer sur la création d’un réseau francophone international en conseil scientifique et sur les particularités du conseil scientifique à différents niveaux de gouvernement — globaux à locaux — , les besoins étant souvent différents, mais trop souvent ignorés. N’hésitez pas à me contacter si vous désirez y participer.

Au plaisir de se revoir très bientôt en personne, le 3D me manque!

Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec