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Suivre les poissons grâce à leurs oreilles

Depuis 2018, les pêcheurs peuvent taquiner le bar rayé à l’est de Forestville et de Rimouski, dans le fleuve Saint-Laurent. Cette aire de pêche s’ajoute à celle qui se trouve au sud de la Gaspésie, qui a été rouverte en 2013.

La décision de permettre de nouveau la pêche récréative des bars rayés – avec des limites de prises et de tailles, toutefois – repose en grande partie sur l’analyse chimique d’un os situé dans l’oreille interne des poissons. Cette analyse a été réalisée par les chercheurs de Ressources aquatiques Québec (RAQ), le seul regroupement interinstitutionnel québécois qui s’intéresse au développement durable de l’industrie aquacole et des pêches dans la province.

Le bar rayé a disparu du fleuve Saint-Laurent dans les années 1960.

Le bar rayé a disparu du fleuve Saint-Laurent dans les années 1960 à la suite de la destruction de ses habitats et de mauvaises pratiques de pêche. En 2000, le gouvernement du Québec interdit sa capture et, à partir de 2002, met à l’eau des millions de larves de bars rayés, dans l’espoir de restaurer la population.

En 2008, les poissons se reproduisent naturellement. Leur nombre augmente, notamment dans les eaux gaspésiennes. Mais ces individus viennent-ils vraiment de la reproduction dans le fleuve ou encore de la population originaire de la rivière Miramichi, au Nouveau-Brunswick?

En utilisant une technique de spectrométrie de masse faisant appel à l’ablation par laser, l’équipe de Pascal Sirois, titulaire de la Chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et chercheur chez RAQ, a analysé l’os auriculaire de plusieurs bars rayés, appelé « otolithe ».

Cet os assimile tous les éléments chimiques des masses d’eau que les poissons traversent. Comme un tronc d’arbre, l’otolithe forme aussi des anneaux de croissance que l’on peut compter pour connaître l’âge du poisson. En comparant les profils chimiques au cœur des otolithes qui correspondent à la naissance des bars, il a été possible de déterminer que les individus nageant en Gaspésie provenaient du Nouveau-Brunswick.

Cette expertise unique au Québec et dans l’est du Canada a permis de voir que plusieurs bars rayés du Nouveau-Brunswick migrent vers le nord, au grand bonheur des pêcheurs québécois, qui peuvent maintenant les pêcher dans l’Est-du-Québec sans nuire aux bars du fleuve, dont la survie demeure fragile.