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Stressées, les huîtres des Îles-de-la-Madeleine?

Depuis quelques années, certains producteurs d’huîtres des Îles-de-la-Madeleine s’inquiètent d’épisodes inexpliqués de mortalités printanières parmi leurs mollusques élevés dans des lagunes ou en mer.

La biologiste Lisandre Gilmore Solomon, professeure et chercheure au cégep de la Gaspésie et des Îles et à son centre collégial de transfert de technologie (CCTT) en pêche et aquaculture, Merinov, s’est associée à l’équipe de Réjean Tremblay, spécialiste en écophysiologie à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski, et quelques producteurs des Îles pour démystifier le sort de ces bivalves.

Il faut savoir que les huîtres ne sont pas présentes de façon naturelle dans cette région : elles sont importées au stade juvénile de l’Île-du-Prince-Édouard et du Nouveau-Brunswick, puis cultivées pour leur faire atteindre la taille recherchée par le marché.

Selon la littérature, les huîtres sont sensibles aux variations de plusieurs facteurs environnementaux, particulièrement la température et les sources d’alimentation. Lorsque ces conditions ne sont pas optimales, ces mollusques peuvent subir un stress affectant leur développement. Après avoir écarté comme cause la présence possible de pathogènes dans les lots importés, les scientifiques ont entrepris d’analyser l’impact du transport.

À l’aide de divers outils, l’équipe de recherche a suivi les mollusques pendant un cycle complet de production suivant leur transport. Les scientifiques ont notamment vérifié leur comportement alimentaire à l’aide d’électrodes et de champs magnétiques pour enregistrer l’ouverture des coquilles. Ils ont également étudié le comportement respiratoire en analysant les niveaux d’oxygène. Enfin, ils ont mesuré en post mortem le contenu énergétique (protéines, lipides, glycogène) des mollusques.

L’analyse de l’énorme quantité de données collectées vient de commencer, mais il semble qu’un taux de glycogène très bas après le transport puisse condamner les mollusques. Reste à voir si ce taux de glycogène, un glucide qui constitue une réserve énergétique importante pour les huîtres, était déjà bas avant le transport ou si le transport en est la cause.

Les scientifiques souhaitent développer prochainement un outil d’analyse simple et rapide pour que chaque producteur puisse évaluer la fragilité d’un lot afin de le vendre avant de le perdre.