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Que sait-on des hospitalisations causées par Omicron ? Pas grand-chose

Les articles du Détecteur de rumeurs sont rédigés par des journalistes
scientifiques de l’Agence Science-Presse. Les Fonds de recherche du Québec et
le Bureau de coopération interuniversitaire sont partenaires du Détecteur de rumeurs.

Auteur : Agence Science Presse – Pascal Lapointe

À l’heure qu’il est, on a tous compris que le variant Omicron se répandait pas mal plus vite que ses prédécesseurs, mais que l’inquiétude est avant tout du côté des hospitalisations: Omicron causera-t-il beaucoup ou peu de cas graves nécessitant des hospitalisations? Le Détecteur de rumeurs fait le point sur le peu qu’on en sait pour l’instant.

D’emblée, c’est un calcul mathématique en apparence simple: dans un scénario fictif où Omicron serait trois fois plus contagieux que Delta, mais trois fois moins sévère, le nombre d’hospitalisations resterait stable. Si Omicron était par contre deux fois moins sévère, ou tout aussi sévère, les hospitalisations commenceraient à augmenter très vite, deux ou trois semaines après l’augmentation des cas. Or, on a pour l’instant peu de données satisfaisantes à se mettre sous la dent.

1) En Afrique du Sud, les premières nouvelles relativement bonnes sont venues le 14 décembre. Selon un rapport publié par la compagnie d’assurances Discovery Health (et non une recherche révisée par d’autres experts) une double vaccination semble offrir une faible protection contre les infections à Omicron (33%), mais une protection relativement forte contre les hospitalisations, soit 70%. C’est de cette étude que provient le chiffre de 70% qu’on a vu apparaître depuis quelques jours dans plusieurs reportages. Il a également été utilisé, au Québec, par l’INESS pour faire, le 15 décembre, ses projections sur la hausse des hospitalisations pendant les Fêtes: une hausse inquiétante, mais qui resterait à l’intérieur de la capacité des hôpitaux.

Parallèlement, les rapports des hôpitaux sud-africains ont noté que le pays ne semblait pas faire face, pendant la première quinzaine de décembre, à une hausse inquiétante des hospitalisations, en dépit d’une augmentation fulgurante du nombre de cas de COVID. Mais comme on l’a aussi maintes fois noté depuis la fin de novembre, la population sud-africaine est plus jeune que les populations européennes ou nord-américaines, et l’âge moyen de la population étudiée par Discovery Health était de 34 ans.

Enfin, depuis la semaine dernière, la courbe des cas quotidiens dans la province de Gauteng —là où la crise a commencé— semble ralentir. On ignore s’il faut y voir une indication que la « vague Omicron » pourrait avoir une courte durée de vie, ou bien qu’elle aurait commencé là-bas beaucoup plus tôt sans être détectée. C’est pourquoi les experts regardent avec attention du côté des premiers pays européens touchés par Omicron.

2) Au Danemark, les toutes premières données d’hospitalisations, publiées le 13 décembre, ont apporté des nouvelles mitigées. Bien que les experts y suggéraient que le taux d’hospitalisation des gens infectés par Omicron pourrait être similaire au taux d’hospitalisation des gens infectés par les variants précédents, les chiffres sont restés, depuis, modérément rassurants. En date du 20 décembre, on parlait de près de 22 000 cas d’Omicron recensés depuis le 22 novembre, dont 13 000 depuis le 14 décembre, et de 40 hospitalisations. Avec toutefois un important bémol: il peut y avoir un décalage de deux semaines entre la montée de la courbe des cas et la montée de la courbe des hospitalisations.

3) En Grande-Bretagne, une étude du Collège impérial de Londres, parue le 16 décembre qui était une modélisation à partir des analyses de laboratoire, formulait deux conclusions: d’une part, que la protection offerte par une double vaccination de Pfizer contre les infections était faible et qu’une dose de rappel était sans doute nécessaire; mais d’autre part, que la protection offerte contre les infections graves —celles susceptibles de conduire à des hospitalisations— bien qu’amoindrie, demeurait tout de même élevée (80% contre 95% face au Delta).

4) Lors d’une rencontre organisée virtuellement par l’Organisation mondiale de la santé le 15 décembre, plusieurs des experts internationaux présents ont fait état de données de laboratoire préliminaires tendant à confirmer que les anticorps réagissaient moins bien face à Omicron que face aux autres variants, rendant les vaccinés vulnérables aux infections; mais qu’en contrepartie, un autre mécanisme de notre système immunitaire, les cellules T, continuait de bien réagir, protégeant les gens infectés contre les formes plus graves de la COVID, donc limitant les risques d’hospitalisations.

Une équipe internationale a pré-publié le 14 décembre des conclusions similaires sur l’efficacité de six vaccins —dont le chinois Sinopharm et le russe Spoutnik— contre Omicron.

Autant au Danemark qu’en Grande-Bretagne, ces experts semblent s’entendre sur le fait qu’une troisième dose (un « booster ») augmente considérablement la protection. Mais Omicron a largement le temps de se répandre avant qu’un pourcentage substantiel de la population ait eu une troisième dose, sauf peut-être les personnes plus âgées et plus vulnérables aux infections.

Il faut enfin noter que le taux d’hospitalisation s’avère plus compliqué à prédire que ce que suggérait l’exemple fictif ci-haut. Par exemple, on ignore quel pourcentage des gens déjà infectés peut être réinfecté par Omicron et chez combien d’entre eux cela se traduira par des cas graves. Et on ignore l’effet qu’aura Omicron chez les enfants, qui sont d’importants vecteurs de transmission.