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Le vélo électrique, bien plus polluant que le bicycle à pédales ? Faux

Les articles du Détecteur de rumeurs sont rédigés par des journalistes
scientifiques de l’Agence Science-Presse. Les Fonds de recherche du Québec et
le Bureau de coopération interuniversitaire sont partenaires du Détecteur de rumeurs.

Auteur : Agence Science Presse – Maxime Bilodeau

Le vélo « classique », à pédales, semble le véhicule le moins polluant qu’on puisse imaginer : son carburant, c’est du jus de mollets. Mais qu’en est-il des vélos à assistance électrique? Est-il établi qu’ils sont plus polluants ? Le Détecteur de rumeurs et Unpointcinq font le point.

Entre les deux roues et les quatre roues, la cause est entendue. Avec ses 271 grammes de CO2 par passager et par kilomètre, la voiture émet 12 fois plus de gaz à effet de serre (GES) que les vélos « musculaires » et à assistance électrique (VAE). L’étude de la Fédération cycliste européenne remonte à 2011, mais elle reste une des rares à s’être intéressée à la question.

Mais entre le bon vieux vélo et le VAE, lequel a le plus faible impact carbone? Après tout, n’entend-on pas dire qu’entre voiture à essence et voiture électrique, la différence n’est pas aussi nette qu’on l’imagine ? C’est qu’en réalité, la réponse dépend de là où on habite: au Québec, où l’électricité est produite à partir de sources renouvelables, l’avantage est à la voiture électrique. Mais pour ceux qui vivent dans une région où l’électricité provient d’énergies fossiles (pétrole, charbon ou gaz), l’avantage de leur voiture électrique, en termes d’empreinte carbone, diminue.

Qu’en est-il du côté des vélos ?

La production et l’entretien du vélo

La production et l’entretien du vélo engendrent très peu d’émissions de GES. Pour une monture de 20 kg fabriquée majoritairement en aluminium et qui roule en moyenne 2400 kilomètres pendant huit ans, on parle de 5 g de CO2 par kilomètre, selon la Fédération cycliste européenne.

Le portrait serait cependant tout autre avec une machine constituée de composants en fibre de carbone, dont la production délocalisée requiert beaucoup d’énergie, souligne un rapport de l’association écologiste britannique Green Alliance, paru en 2017.

Mais le VAE est encore plus vorace. Outre la production et l’entretien de son moteur et de sa batterie au lithium-ion, qui requièrent l’extraction de métaux parfois rares, l’approvisionnement en énergie d’un VAE pèse lourd dans la balance : 16 g de CO2 par kilomètre.

Le recyclage de ce type de batterie est depuis peu possible au Québec.

C’est là que la source de l’électricité vient jouer un rôle. Contrairement aux Pays-Bas, où l’étude de la Fédération cycliste européenne a eu lieu, le Québec peut compter sur des énergies renouvelables (hydroélectricité en tête) plutôt que sur des énergies provenant de sources fossiles. La recharge d’une batterie avec cette énergie « verte » allège donc les émissions de GES du VAE.

Le carburant du cycliste

Si la voiture a besoin d’essence, les cyclistes ont eux aussi besoin de « carburant » pour pédaler ! Un surcroît d’effort se traduira-t-il par un plus gros repas?

Le VAE part sur ce plan avec plusieurs longueurs d’avance, puisque son moteur facilite la vie du cycliste. Résultat : ce dernier dépense très peu d’énergie, de l’ordre de 245 kilocalories par heure s’il pèse 70 kg. C’est l’équivalent d’une marche à rythme modéré.

Le vélo « classique » n’a toutefois pas dit son dernier mot. Certes, sans assistance, ce même cycliste doit en suer un coup : environ 476 kilocalories par heure. Cette différence de 230 kilocalories peut paraître énorme, mais elle ne l’est pas tant si on tient compte du fait que le trajet moyen entre le domicile et le travail est d’environ 7,7 kilomètres au Canada. À cette distance, un déplacement sur deux roues prend de 15 à 30 minutes.

Bref, bien que réelle, la légère différence de dépense énergétique (de 62 à 123 kilocalories environ) entre le vélo et le VAE n’entraînera probablement pas une modification substantielle du comportement alimentaire. Outre l’activité physique, plusieurs autres facteurs comme le milieu socioéconomique et familial affectent plu-tôt la taille et la composition des repas.

Autrement dit, l’impact de la production de calories alimentaires dont a besoin le cycliste urbain pour pédaler est une variable négligeable dans le calcul des émissions de GES.

Dans un contexte sportif, où la dépense énergétique est plus importante, la diète prendrait une tout autre importance. Pédaler 100 kilomètres en carburant au steak tartare plutôt qu’au tofu est certainement plus nocif pour l’environnement, ironise l’auteur Mike Berners-Lee dans son livre How Bad Are Bananas: The Carbon Footprint of Everything…