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Quand les données font ressortir les inégalités en santé

Chaleur et mort subite du nourrisson vont de pair. C’est ce qu’a constaté Nathalie Auger, professeure au Département de médecine sociale et préventive de l’École de santé publique de l’Université de Montréal, en fouillant les bases de données administratives du Québec (fichiers des naissances et des décès). Plus précisément, lorsque la température extérieure atteint 28 °C à Montréal, les bébés de moins d’un an ont 2,8 fois plus de risque de mourir soudainement que lorsqu’il fait 20 degrés. Et lors de journées à 30 °C, cette fatalité augmente de cinq fois.

D’habitude, les chercheurs récoltent leurs données en montant leurs propres études auprès de certains groupes de personnes. Nathalie Auger, aussi membre du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM), est une exception : elle part de données administratives pour former ses cohortes et tenter de répondre à une question de santé publique. « Le Québec possède des banques de données administratives d’une grande qualité, qui sont sous-exploitées, car peu connues », révèle l’épidémiologiste. Ainsi, elle a aussi découvert dans cette mine d’informations que les taux de mortalité infantile et de bébés mort-nés dans les diverses communautés défavorisées du Québec sont de deux à trois fois plus élevés que pour le reste de la population. « Les données montrent des inégalités entre les milieux de vie et des soins prénataux reçus par les mères défavorisées et les autres mamans du Québec », signale la professeure Auger.

Hors des sentiers battus

C’est à la suite de ses études en médecine à l’Université de la Colombie-Britannique et de sa résidence en santé communautaire à l’Université McGill que la chercheuse a décidé de se spécialiser en épidémiologie*. Elle a été attirée par le côté intellectuel et l’aspect scientifique et logique du travail. Cette mère de quatre enfants apprécie également les horaires de type 9 à 5 qui laissent la place à une vie de famille. Nathalie Auger fait partie de la minorité de chercheurs et chercheuses du Québec à choisir ce domaine comme spécialisation. « C’est un secteur moins attirant pour plusieurs, car il est difficile d’y avoir du succès et donc de recevoir des fonds de recherche », témoigne-t-elle. Par contre, l’épidémiologie permet de faire des découvertes surprenantes. Nathalie Auger s’est ainsi rendu compte que la qualité des données de santé est bien meilleure pour les femmes, qui se présentent plus souvent à l’hôpital en raison des grossesses. Une lacune qu’il faudra corriger, dit celle qui croit fermement à l’égalité homme/femme dans tous les domaines.

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*L’épidémiologie est une discipline scientifique qui étudie la distribution, la fréquence, l’évolution, les facteurs de risque et les conséquences des problèmes de santé au sein d’une population.


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