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Détecteur de rumeurs

Cuire avec du papier d’aluminium, un danger mortel ? Faux

Les articles du Détecteur de rumeurs sont rédigés par des journalistes
scientifiques de l'Agence Science-Presse. Les Fonds de recherche du Québec et
le Bureau de coopération interuniversitaire sont partenaires du Détecteur de rumeurs.

Auteur : Agence Science Presse - Pascal Forget

Une lectrice a demandé l’avis du Détecteur de rumeurs après avoir lu un article intitulé « Les médecins lancent un avertissement : si vous utilisez du papier d’aluminium, arrêtez ou faites face à des conséquences mortelles ».

Vérifier la source

Déjà, le long titre alarmiste devrait mettre la puce à l’oreille sur la qualité du contenu. Surtout quand on réalise que l’article provient du site Santé Nutrition, réputé pour son contenu peu crédible.

L’article relate les résultats d’une recherche de 2012 où l’on aurait découvert qu’un repas cuit dans du papier d’aluminium pourrait contenir jusqu’à 400 mg d’aluminium. Cela varierait suivant la température de cuisson et les ingrédients utilisés. De là, l’auteur extrapole plusieurs conséquences néfastes : problèmes au cerveau, aux os et aux poumons.

Ici encore, vérifier la source est important. Il s’avère que la recherche est authentique et tirée de l’International Journal of Electrochemical Science. Mais cette recherche ne « découvre » pas le transfert d’aluminium dans la nourriture (appelée, en chimie, la lixiviation) ni le fait qu’il varie selon le mode de préparation et les ingrédients utilisés : c’est un fait déjà bien connu des chimistes… et des cuisiniers. Il sera plus grand au con-tact de sels, d’épices ou d’aliments acides, comme les tomates.

Une autre étude publiée en 2019 a par exemple elle aussi constaté que la cuisson de divers aliments (saumon, porc, canard, tomates, fromage, marinés ou non...) dans du papier d’aluminium en augmentait la concentration en aluminium de façon très va-riable. Selon les ingrédients, une recette pouvait contenir jusqu’à 40 fois plus d’aluminium qu’une autre !

Des dangers?

Dès lors, la cuisson à l’aluminium est-elle dangereuse? Malgré ces résultats, les cher-cheurs n’ont pas jugé les quantités alarmantes, considérant qu’il serait difficile d’en absorber jusqu’à 2 mg par kilo de poids corporel par semaine, qui est la dose jugée dangereuse à long terme.

Ce seuil fait référence au seuil dit provisoire (dans l’attente de données supplémen-taires) établi par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2011. Un adulte de 70 kilos pourrait donc consommer 140 mg par semaine d’aluminium sans risque. Ces seuils ont été établis en combinant les données de plusieurs études basées sur des animaux, et en ajoutant une marge de sécurité pour tenir compte des différences entre les espèces.

Pour référence, Santé Canada estime sur son site que les Canadiens absorbent en moyenne environ 10 mg d’aluminium par jour, principalement par la nourriture. Les autres sources sont l’eau, les médicaments et l’air. Il faut aussi savoir que plus de 99% de l’aluminium consommé est rapidement éliminé dans l’urine et dans les selles.

Même en cas d’exposition aiguë, Santé Canada indique que « l’aluminium présente une faible toxicité. Chez les humains, des doses orales atteignant 7200 mg/j (100 mg/kg de poids corporel par jour) sont couramment tolérées sans qu’apparaissent de signes d’effets nocifs à court terme. »

Il n’y a pas au Canada de dose limite d’aluminium dans l’eau potable, parce qu’il « n'existe aucune preuve convaincante et solide indiquant que l'aluminium dans l'eau potable peut être la cause d'effets nocifs chez l'être humain ».

Reste que pour réduire les risques, Santé Canada recommande par ailleurs de ne pas cuire ni de conserver longtemps des aliments dans des contenants en aluminium. On suggère aussi l’utilisation de batteries de cuisine en aluminium anodisé, dont la surface traitée diminue le transfert d’aluminium aux aliments.

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