Dans la conception de l’Internet, ce sont des délibérations intenses qui mènent à la prise en compte d’enjeux comme la vie privée, les droits de la personne ou la justice sociale.
Stéphane Couture, chercheur en communications à l’Université de Montréal, s’est inté-ressé à l’Internet Engineering Task Force, un organisme international qui définit les règles de base d’Internet. En principe ouvert à tous, il repose sur les efforts d’une cen-taine de groupes de travail et prend ses décisions par consensus.
Les échanges se font par courriel (plus de 2 500 par semaine !) et lors de trois ren-contres annuelles dont les archives vidéo sont accessibles en ligne. L’équipe de Sté-phane Couture avait donc accès à beaucoup de données et s’est concentrée sur les propos d’intérêt social, politique et culturel, comme le respect de la vie privée et le langage inclusif.
L’un des constats de ces recherches, c’est que de nombreux groupes de la société civile s’engagent dans ces débats. Ils mettent de l’avant des enjeux sociaux qui échappent souvent aux ingénieurs du numérique. Leurs idées se confrontent à celles de grandes entreprises privées, comme Huawei et Google, qui font valoir leur propre vision.
L’utilisation d’un langage inclusif, par exemple, a suscité des débats tendus. Des expressions courantes dans le domaine numérique, comme « maître-esclave » – une architecture où un dispositif en contrôle plusieurs autres – ou encore « liste noire » ont été remises en question.
La recherche montre aussi que tous ne se battent pas à armes égales. Participer à ces débats exige du temps, des connaissances techniques et de l’argent, notamment pour assister en personne aux réunions annuelles. Celles-ci se tiennent dans des hôtels de luxe, un peu partout dans le monde, et s’inscrire peut coûter plus de 2 000 dollars. Ce-pendant, les délibérations y sont très riches et, comme le montrent les recherches de Stéphane Couture, de plus en plus de groupes s’y intéressent, pour favoriser un univers numérique plus équitable et plus démocratique.



