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1er avril : le test du Détecteur de rumeurs

Le Détecteur de rumeurs est produit par l’Agence Science-Presse, en partenariat avec
les Fonds de recherche du Québec et le Bureau de coopération interuniversitaire

Comme vous êtes des gens dotés d’un bon esprit critique, en ce 1er avril on ne vous trompera pas avec une fausse nouvelle. Mais sauriez-vous repérer les indices suggérant que la nouvelle ci-dessous est fausse ? Les réponses se trouvent au bas de l’article.


Un nouveau traitement miraculeux contre l’Alzheimer !  

Ça ne fera pas plaisir à ceux qui ont peur des piqûres, mais une diététicienne de l’Université de Cornwall, Ontario, a annoncé hier après-midi qu’une injection de jus de céleri pouvait retarder le vieillissement et, en particulier, bloquer la progression de l’Alzheimer et du Parkinson.

Patient recevant une injection de jus céleri

Le céleri contiendrait des nitrates et des flavonoïdes qui, en hautes doses, dissolvent au niveau moléculaire les protéines des plaques bêta-amyloïdes cérébrales associées à la dégénérescence neurofibrillaire.

« Les données étaient depuis longtemps devant nos yeux, mais on ne voulait pas les voir » a déclaré Avril Fisher au cours d’une entrevue au bulletin d’informations du site TVA.com. Elle fait référence au fait que le céleri fait partie de la médecine traditionnelle d’Asie centrale, et se dit d’avis que, pour cette raison, la médecine occidentale refusait de prendre le céleri au sérieux.

« Toutes les personnes qui ont expérimenté les injections de jus de céleri peuvent témoigner d’une amélioration extraordinaire de leur qualité de vie », affirme-t-elle. L’actrice Gwyneth Paltrow elle-même fait la promotion des vertus du jus de céleri, témoignages à l’appui. Mais les compagnies pharmaceutiques ne seront pas contentes, parce qu’elles perdront des milliards de dollars en traitements conventionnels, a-t-elle poursuivi. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Mme Fisher a été jusqu’ici incapable de publier ses résultats dans une revue scientifique : « l’establishment pharmaceutique ne veut pas en entendre parler », dit-elle.  Interrogée quant à la possibilité de rendre publiques les données sur les personnes qui ont expérimenté les injections, elle a invoqué la confidentialité promise à ces personnes.


Réponses

Avez-vous su repérer les indices suggérant que cette nouvelle était fausse ? Si oui, combien avez-vous trouvé d’indices ? Nous en avions pour notre part disséminé 14. Ils font partie de ces trucs et astuces de base que le Détecteur de rumeurs vous encourage à utiliser lorsque des nouvelles douteuses débarquent sur vos fils Facebook, Instagram, YouTube — ou lorsque ces nouvelles sont partagées par vos amis.

Voici tout d’abord ce que ça donne lorsque le Détecteur de rumeurs y passe son gros crayon rouge. Les explications se trouvent au bas de l’image.

1-2 : Des adjectifs comme miraculeux et des points d’exclamation sont des signaux d’alarme : on ne les utilise pratiquement jamais, ni en journalisme ni en science

3 : L’Université de Cornwall, Ontario, n’existe pas

4 : Vous vous doutez bien que ce patient, sur la photo, n’a pas reçu une injection de jus de céleri. Mais comment peut-on en être sûr ? Par une recherche Google : téléchargez d’abord cette image sur votre ordinateur puis, faites-la glisser dans la fenêtre de recherche de Google Images. Vous obtiendrez une liste d’endroits où cette photo est déjà parue, et vous découvrirez ainsi qu’elle provient d’une banque d’images générales.

5 : Un paragraphe à ce point rempli de jargon incompréhensible dans un texte de vulgarisation ? C’est mauvais signe. Quelqu’un veut peut-être donner l’impression qu’il est un vrai spécialiste… ou bien l’auteur a recopié un mauvais communiqué de presse.

6 : Même si l’université de Cornwall existait, il serait facile, en allant sur son site, de chercher si cette personne y travaille vraiment.

7 : Ceci n’est pas l’adresse des Nouvelles TVA. Les créateurs de sites de fausses nouvelles qui tentent de les faire passer pour de véritables sites utilisent souvent des adresses web trompeuses.

8-9-11-13 : « Se dit d’avis que », « affirme-t-elle », etc. C’est son opinion, mais où sont les faits solides ?

10 : Encore une opinion, cette fois-ci d’une vedette du cinéma (et vendeuse de produits douteux, mais ceci est une autre histoire).

12 : Ha-ha ! Pas d’étude parue. En science, c’est l’élément majeur dont on a besoin pour distinguer les opinions des faits. Sans étude, impossible pour un expert de dire si ces affirmations sur le jus de céleri tiennent la route.

14 : Pas d’étude, pas de données disponibles, la cause est entendue : même si l’université ou la chercheuse existaient, ce texte ne mériterait pas d’être partagé.

 

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