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Des lampes UV pour combattre le virus ? Ça dépend

Les articles du Détecteur de rumeurs sont rédigés par des journalistes
scientifiques de l’Agence Science-Presse. Les Fonds de recherche du Québec et
le Bureau de coopération interuniversitaire sont partenaires du Détecteur de rumeurs.

Auteur : Agence Science Presse – Maxime Bilodeau

Les rayons ultraviolets peuvent-ils tuer le nouveau virus ? Comme l’affirment des vendeurs de lampes à rayons UV, c’est une méthode de stérilisation bel et bien éprouvée. Le Détecteur de rumeurs rappelle toutefois qu’une technologie efficace dans un contexte ne l’est pas nécessairement dans un autre, par exemple chez l’humain…

L’origine de la rumeur: le Soleil ou une technologie?
Le 23 avril, Donald Trump affirmait que le nouveau coronavirus s’affaiblirait sous les rayons du soleil. « Il y a une rumeur selon laquelle vous allez au soleil […] et cela a un impact sur d’autres virus », laissait-il entendre. Il ne s’arrêtait toutefois pas là, semblant faire allusion à une technologie : « supposons que vous ameniez la lumière à l’intérieur du corps… » Sa déclaration, balayée dans l’ombre par ses propos sur de possibles injections de désinfectant, s’appuie apparemment sur une étude menée par le National Biodefense Analysis and Countermeasures Center, un laboratoire géré par le ministère américain de la Sécurité intérieure.

Cette étude n’ayant pas été rendue publique ni publiée dans une revue évaluée par les pairs, impossible d’en juger les conclusions. On sait toutefois qu’elle porte sur l’hypothèse selon laquelle le soleil estival pourrait réduire la transmission du virus, et non sur une technologie.

Le rôle des rayons UV du Soleil
L’effet des rayons du Soleil vaut effectivement la peine d’être examiné : on sait que les ultraviolets de courte longueur d’ondes (100 à 280 nm) ont pour effet d’endommager lourdement l’ADN des êtres vivants qui y sont exposés.

De fait, le recours à des lampes qui émettent des ultraviolets UV-C dans une longueur d’ondes d’environ 250 à 260 nm est une méthode de stérilisation des surfaces —mais non des êtres humains— reconnue depuis plus d’un siècle et toujours utilisée, notamment en contexte hospitalier. On en doit la paternité au médecin féroïen Niels Ryberg Finsen, lauréat du prix Nobel de médecine en 1903.

C’est dans cette perspective que certaines entreprises vont jusqu’à proposer de telles lampes pour un usage dans un contexte domestique. Ces jours-ci, l’entreprise lituanienne Ekomlita publicise la Sterilize-X, une lampe qui serait capable, affirme-t-elle sur son site, d’éliminer jusqu’à 99,9 % des virus dans un périmètre de 45 mètres carrés —ou seulement 20 mètres carrés comme le suggère plus prudemment la version anglaise. La société québécoise Titan Sécurité distribue quant à elle des « unités mobiles de biosécurité » à base d’UV-C en mesure de désinfecter les espaces et équipements en y éliminant des virus, dont celui responsable de la Covid-19, affirme-t-elle.

Le problème, c’est que ces lampes germicides sont aussi très dangereuses pour la santé. Une exposition de quelques secondes à des rayons UV-C brûle sévèrement la peau et les yeux. C’est d’ailleurs ce qui a mené l’Organisation mondiale de la santé à préciser que ces lampes ne doivent pas être utilisées pour se stériliser les mains ou d’autres parties du corps. Ekomlita indique que personne ne doit regarder directement la source de lumière, ni même être en sa présence, lors de l’utilisation de son produit Sterilize-X… bien que l’entreprise en recommande l’usage dans la salle de bain, la cuisine et la chambre de bébé.

De plus, à ce jour, aucune étude n’a porté spécifiquement sur l’effet des rayons UV-C sur le nouveau coronavirus. Des études réalisées sur des virus apparentés à ce SRAS-CoV-2, comme celle-ci publiée en 2004 sur le SARS-CoV-1, concluent à leur efficacité, mais uniquement en laboratoire, c’est-à-dire lorsqu’on bombarde des échantillons de virus in vitro, dans des conditions contrôlées.

Récemment, des chercheurs de l’Université Columbia ont publié une étude faisant état de rayons UV-C de longueurs d’ondes moindres (207 à 222 nm) capables de mettre à mal les virus dans un espace public, sans nuire à la santé de ceux qui s’y trouvent. La vaste majorité des lampes à rayons UV-C disponibles sur le marché ne recourent cependant pas à cette technologie, qui en est encore à un stade de recherche préliminaire.

Ces derniers mois, certains fabricants d’équipements de stérilisation à base d’UV-C auraient enregistré des ventes records.

 

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