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Arguments and strategies of the anti-vaccine movement: a list (French version only)

Les articles du Détecteur de rumeurs sont rédigés par des journalistes
scientifiques de l’Agence Science-Presse. Les Fonds de recherche du Québec et
le Bureau de coopération interuniversitaire sont partenaires du Détecteur de rumeurs.

Auteur : Agence Science Presse – Kathleen Couillard

Des débuts de la vaccination à aujourd’hui, les arguments des opposants n’ont pas beaucoup changé. Le Détecteur de rumeurs remarque toutefois que leurs stratégies ont évolué dans les dernières années.

Trois arguments constants

Selon une revue de la littérature publiée en 2021 par des chercheurs polonais et couvrant trois vaccins différents — papillome humain, rougeole, grippe — peu importe la plateforme utilisée, les contenus diffusés par les groupes antivaccins se ressemblent. On peut d’abord classer leurs arguments en trois grandes catégories: les vaccins sont dangereux, les traitements « naturels » sont plus efficaces et il ne faut pas faire confiance aux autorités.

1) Les vaccins sont dangereux

Dans cette première catégorie, les vaccins sont présentés comme des traitements dangereux pour la santé qui contiendraient des ingrédients toxiques. Les défenseurs de cette idée prétendent aussi, analysait en 2020 un chercheur brésilien, que les risques des vaccins sont beaucoup plus grands que ce que l’industrie pharmaceutique veut bien admettre.

Dans une revue des arguments employés par les activistes américains opposés à la vaccination, l’épidémiologiste Tara Smith écrivait pour sa part en 2017 que ceux-ci insistent sur le fait que le système immunitaire des enfants serait immature, ce qui les rendrait plus vulnérables aux dangers des vaccins. Par ailleurs, certains militants antivaccins soutiennent depuis longtemps que les gens vaccinés excrètent le vaccin et contribueraient donc à propager des virus —une croyance dont plusieurs ont découvert l’existence avec la COVID.

2) Les traitements alternatifs ou naturels sont plus efficaces

Selon les chercheurs polonais cités plus haut, les militants antivaccins font la promotion des médecines alternatives parce que celles-ci leur semblent plus naturelles. De plus, plusieurs sont à ce point convaincus que l’immunité naturelle est plus efficace qu’ils encouragent même les parents à exposer volontairement leurs enfants à d’autres enfants malades pour les immuniser, explique le chercheur brésilien.

Dans le même esprit, plusieurs des opposants à la vaccination affirment que celle-ci n’est pas responsable de la disparition de plusieurs maladies infectieuses et que ce serait plutôt l’amélioration des conditions d’hygiène qui serait en cause. Selon l’épidémiologiste Tara Smith, ces arguments s’accompagnent généralement d’une mauvaise compréhension du fonctionnement du système immunitaire.

3) Il ne faut pas faire confiance aux scientifiques, au gouvernement et aux médias

La méfiance à l’égard de la science médicale est un phénomène observé bien avant la pandémie et plusieurs arguments des opposants à la vaccination re-posent sur ce manque de confiance, expliquait Tara Smith dans son article de 2017. Plus récemment, dans une recherche sur « les thèmes et les discours antivaccins autour de la COVID », elle rappelait que les opposants à la vaccination prétendent que les données scientifiques sont fausses ou carrément mensongères puisque les compagnies pharmaceutiques et les gouvernements auraient des intentions cachées.

Dans le même esprit, les chercheurs polonais constataient que plusieurs anti-vaccins voient la vaccination comme une partie d’un plus grand complot. Leur discours tourne donc autour du fait que le gouvernement ne dit pas la vérité sur la vaccination, parce qu’il a comme objectif de limiter les libertés individuelles.

Des variations sur un même thème

De nouvelles versions de ces mêmes arguments ne font que se répéter depuis plus d’un siècle, a démontré l’épidémiologiste Tara Smith. Ainsi, les premiers opposants disaient que les vaccins n’étaient pas naturels parce qu’ils étaient fabriqués par des humains et qu’ils provoquaient une immunité artificielle. Au 18e siècle, le vaccin contre la variole était même comparé à une « injection vénéneuse du diable en soi-même », rappelle Maxime Lê dans son mémoire de maîtrise en communication déposé en 2021 à l’Université d’Ottawa.

Les antivaccins s’opposaient aussi à l’intervention de l’État dans la santé publique dès le 19e siècle, soulignait en 2021 une équipe de chercheurs français dans la revue Social Networks. Par exemple, lors de la vaccination obligatoire contre la variole imposée en Grande-Bretagne, on dénonçait l’ingérence du gouvernement dans la vie des citoyens, remarque Maxime Lê. Déjà à l’époque, on pouvait donc être contre la vaccination en raison d’une idéologie politique.

Enfin, les ingrédients considérés dangereux changent continuellement, expliquait en 2012 Anna Kata, de l’Université McMaster en Ontario. On a jadis accusé le thimérosal de causer l’autisme et quand cette hypothèse a été invalidée, l’aluminium est devenu le nouvel ennemi.

De nouvelles stratégies

Si les arguments demeurent sensiblement les mêmes, en revanche, les stratégies du mouvement anti-vaccination se diversifient et se multiplient depuis quelques années.

Déformer ou dénigrer la science serait ainsi plus répandu qu’avant, selon Anna Kata : les opposants à la vaccination vont par exemple dénigrer les études favorables aux vaccins tout en ne cherchant que les études qui semblent légitimer leur point de vue. Et ce, peu importe la valeur de ces études: ils présentent ainsi des données qui ne sont pas appuyées par des études sérieuses et négligent l’information disponible sur la sécurité et l’efficacité des vaccins, ont aussi constaté les chercheurs polonais.

D’autres opposants à la vaccination essaient plutôt d’avoir l’air modérés, expliquent les chercheurs français. Par exemple, ils ne vont insister que sur quelques ingrédients présents dans les vaccins, ou ne vont parler que de certains vaccins, de manière à éviter d’être étiquetés « antivaccins ». Anna Kata souligne d’ailleurs que ce terme est devenu péjoratif: ils diront plutôt qu’ils sont « pour des vaccins sécuritaires ».

De plus, pour certains groupes opposés à la vaccination, celle-ci est devenue un sujet parmi d’autres auxquels ils s’opposent, remarquent les chercheurs français et polonais. De cette façon, ils peuvent faire avancer cette cause en l’intégrant à une idéologie plus large. Par exemple, sur les réseaux sociaux, ils font appel à des émotions négatives —la peur, l’hostilité à l’égard des autorités— et tentent d’associer des idées de pureté et de liberté au mouvement.

C’est ainsi que, résume Maxime Lê, ces militants antivaccins utilisent aujourd’hui moins des arguments scientifiques et se positionnent plutôt comme des défenseurs des droits individuels. Les enjeux deviennent ainsi beaucoup plus idéologiques que scientifiques, ajoute Anna Kata. Les chercheurs polonais observent que ces stratégies s’inscrivent dans un mouvement plus large appelé le dénialisme: un déni du consensus scientifique (le même qu’on peut observer avec les climatosceptiques), seule façon de donner une apparence de légitimité à ce qu’ils prétendent être un débat.