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An animal at home reduces the risk of allergies in children? Uncertain (French version only)

Les articles du Détecteur de rumeurs sont rédigés par des journalistes
scientifiques de l’Agence Science-Presse. Les Fonds de recherche du Québec et
le Bureau de coopération interuniversitaire sont partenaires du Détecteur de rumeurs.

Auteur : Agence Science Presse – Kathleen Couillard

La présence d’un animal de compagnie à la maison prévient-elle le développement des allergies et de l’asthme chez les enfants, en stimulant leur système immunitaire? La réponse est plus compliquée qu’elle n’en a l’air, a constaté le Détecteur de rumeurs.

L’origine de la rumeur

Comme le résumait en 2017 la Dre Megan A. Moreno, on a longtemps pensé que le fait d’être exposé très tôt aux animaux domestiques pouvait au contraire déclencher une réponse immunitaire chez l’enfant et, ainsi, causer des allergies ou des maladies auto-immunes. Or, depuis quelques années, des scientifiques croient plutôt que l’exposition aux germes et aux bactéries pendant l’enfance pourrait aider le développement du système immunitaire.

C’est ce qu’on appelle l’hypothèse hygiéniste, expliquait la pédiatre. Selon cette hypothèse, la propreté accrue dans nos sociétés modernes, réduirait l’exposition des jeunes enfants aux microbes, et les empêcherait de développer un bon système immunitaire.

Des chercheurs du Michigan soulignaient à leur tour, dans une revue de la littérature scientifique sur le sujet publiée en 2019, que plusieurs études ont conclu que la présence d’un animal à la maison a une influence sur l’environnement microbien du domicile, ce qui pourrait affecter la maturation de la flore intestinale pendant la petite enfance. La diversité du microbiome aurait ensuite des répercussions sur la production des anticorps impliqués dans les allergies, les IgE, et donc sur les réactions allergiques.

C’est sans compter que, selon des experts grecs, l’exposition aux allergènes eux-mêmes pourrait aussi modifier la réponse de notre système de défense immunitaire, mais les études sur ce point ne sont pas concluantes.

Des études contradictoires

Dans les années 1990, des chercheurs allemands qui avaient recruté 1314 nouveau-nés, avaient constaté trois ans plus tard que les enfants avec une réaction allergique aux chats étaient ceux qui avaient été exposés à une plus grande quantité de cet allergène à la maison. Ils ont alors recommandé d’éviter dès la petite enfance l’exposition aux allergènes à la maison pour prévenir les allergies.

À l’inverse, des scientifiques australiens ont analysé en 2011 neuf études réalisées sur près de 6500 enfants vivant en milieu urbain. La particularité des études choisies était de se concentrer sur l’exposition aux animaux domestiques pendant la grossesse et le premier mois de vie. Ils ont ainsi observé que la présence d’un chien à la maison protégeait contre le développement des allergies, mais uniquement dans les familles où il n’y avait pas d’historique d’allergies. Dans les autres familles, les résultats étaient trop difficiles à interpréter pour arriver à une conclusion.

La même année, des chercheurs européens ont publié une étude menée auprès de 22 000 enfants. Leur constat : vivre avec un animal à poils entre 0 et 2 ans diminuerait le risque de développer une réaction aux allergènes aériens, comme le pollen et les spores. Mais ça n’aurait aucun effet sur le risque d’asthme.

Devant cette controverse, les scientifiques grecs qui ont publié en 2013 une revue des recherches réalisées dans la décennie précédente, ont conclu que la majorité des études n’ont pas observé de lien entre la présence d’un chien ou d’un chat à la maison et le développement de réactions allergiques. Quelques études ont même remarqué un effet protecteur pour les chiens. Pour ce qui est de l’effet sur l’asthme et la rhinite allergique, certaines recherches ont noté une augmentation du risque, d’autres un léger effet protecteur et d’autres, aucun effet.

Enfin, en 2015, des chercheurs suédois ont réalisé une étude d’envergure auprès d’un million d’enfants. Ils ont conclu que ceux exposés à des chiens ou à des animaux de la ferme risquaient moins d’être asthmatiques à l’âge de 6 ans.

Plusieurs facteurs à considérer

Le problème de ces résultats contradictoires était abordé par les chercheurs australiens. Trop de facteurs liés au milieu de vie de ces enfants peuvent entrer en ligne de compte et fausser les données, en plus du fait que la conception même des études varie énormément.

Par exemple, certaines études mesurent l’exposition pendant la grossesse, pendant la première année de vie de l’enfant ou pendant toute l’enfance. Cela peut grandement influencer les résultats puisqu’on sait maintenant qu’il existe une fenêtre critique pour le développement du système immunitaire pendant laquelle les facteurs environnementaux peuvent augmenter ou diminuer le risque d’allergies. Il ne faut pas négliger non plus l’âge auquel on mesure l’apparition des symptômes. En effet, les symptômes d’asthme observés pendant la petite enfance peuvent disparaître quelques années plus tard.

Les chercheurs européens soulignaient pour leur part en 2012 qu’il est important de bien définir de quels animaux il est question. Mesure-t-on l’exposition à n’importe quel animal domestique, aux animaux de la ferme, aux animaux à poils, seulement aux chats ou seulement aux chiens? La géographie peut aussi modifier les résultats puisque la durée de l’hiver peut avoir un effet sur le temps passé à l’intérieur par l’animal. Une vie en ville ou à la campagne, ajoutent les chercheurs australiens, peut faire une différence, puisque la façon d’interagir avec les animaux sera différente.

Enfin, ces derniers chercheurs soulignent un élément important : les parents qui sont eux-mêmes allergiques ou asthmatiques ont tendance à ne pas être propriétaires d’animaux. Il est alors difficile de déterminer si ce qu’on observe chez leur enfant est dû à sa génétique ou à l’absence d’animaux à la maison.

Verdict

L’effet des animaux domestiques sur le développement des allergies ou de l’asthme n’est pas aussi bien compris que plusieurs l’imaginent. De nombreux facteurs peuvent avoir une influence et compliquer les résultats.