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Testosterone therapy: a product of marketing (French version only)

Le Détecteur de rumeurs est produit par l’Agence Science-Presse, en partenariat avec
les Fonds de recherche du Québec et le Bureau de coopération interuniversitaire

L’idée que les hommes passeraient par un équivalent de la ménopause, appelé l’andropause, n’est pas acceptée par la communauté médicale. Et pourtant, l’idée qu’ils aient besoin en vieillissant de traitements d’hormones gagne en popularité. Une tendance inspirée plus par le marketing que par la médecine, constatent l’Organisation pour la science et la société et le Détecteur de rumeurs.

Origine de la rumeur

Les taux de testostérone diminuent avec le temps : c’est une conséquence normale du vieillissement. Mais au cours des 20 dernières années, l’idée qu’on doive inverser ce processus chez l’homme a fait son chemin dans la culture populaire.

Les ventes

Jusqu’au début des années 2000, les prescriptions de testostérone pour les hommes de plus de 40 ans étaient relativement rares. Mais elles ont augmenté en flèche depuis. Or, cette augmentation est due aux usages non approuvés médicalement. Une lettre publiée par le journal JAMA Internal Medicine en décembre dernier rapportait que la fréquence des usages médicalement approuvés de la testostérone était, elle, restée constante de 2007 à 2016. Par contre, son utilisation pour d’autres usages avait presque quadruplé : elle était passée, aux États-Unis, de dépenses de 108 millions en 2007, à 402 millions en 2017.

Selon une étude parue en 2017 dans le Journal de l’Association médicale américaine, cette augmentation serait le fruit d’un marketing s’adressant directement aux consommateurs.

Ce type de publicité est illégal au Canada et non sans raison : la recherche suggère par exemple que ce marketing encourage la prescription de médicaments de marque (par opposition à leurs équivalents génériques) et potentiellement la surprescription de médicaments coûteux (un problème qui n’est évidemment pas unique à ces traitements). Ces inquiétudes ont d’ailleurs mené en 2015 l’Association médicale américaine à réclamer l’interdiction de publicités des compagnies pharmaceutiques à ce sujet.

Il est toutefois difficile d’empêcher les Canadiens de regarder les médias américains et il est impossible de contrôler l’Internet. Deux chercheurs en santé publique ont de plus identifié six failles dans la loi canadienne en 2014, ce qui fait qu’en bout de ligne la plupart des Canadiens sont exposés régulièrement à de la publicité sur ces médicaments.

Dans l’espoir d’augmenter les ventes de leurs produits, les fabricants américains de testostérone ont mis l’accent sur un marketing articulé autour d’une campagne appelée « low T », ciblant le faible taux de testostérone et ses symptômes comme le manque d’énergie, une baisse de libido et la mauvaise humeur. Et ils suggéraient aux consommateurs d’en parler à leurs médecins. Ces derniers, de leur côté, recevaient le même matériel promotionnel. Cette publicité, au Canada, était jugée acceptable, parce que les sites faisant la promotion de cette campagne ne mentionnaient jamais le nom du produit (Androgel).

Or, les symptômes en question sont courants et, à part la mauvaise humeur, ils sont des conséquences d’un vieillissement normal. Mais le marketing a eu pour résultat que plusieurs patients ont reçu des prescriptions de testostérone dont ils n’avaient pas besoin.

Des données en provenance de l’Ontario indiquent qu’entre 1997 et 2012, les prescriptions de testostérone ont augmenté au point où 1 homme sur 90, âgé de 65 ans et plus, s’en faisait prescrire, alors que de ce lot, seule une faible minorité (moins d’un sur 15) avait un diagnostic qui justifiait la prescription (hypogonadisme, ou perte de fonction des testicules). Une analyse en particulier a souligné qu’un quart des patients qui entamaient une thérapie à la testostérone n’avaient même pas été testés au préalable pour une déficience en testostérone.

Cette ferveur pour la testostérone thérapeutique s’est calmée quelque peu lorsque deux études en 2010 et 2013, ont démontré une association entre cette thérapie et les maladies cardiovasculaires. Ces données ne sont cependant pas définitives : en effet, l’équipe derrière l’étude TEAAM n’a pas vu ce lien en 2015. L’essai clinique TRAVERSE réglera peut-être la question, mais ses résultats ne pourront être publiés que dans trois ans. La Food and Drug Administration aux États-Unis a quand même été interpellée par ces résultats et a émis un avertissement en 2014.

La réalité : seulement 2% des hommes présenteront des symptômes d’une baisse de testostérone plus tard dans leur vie. Des déficiences en testostérone sévères ne sont vues que chez moins de 1%.

Verdict

Il est tentant de croire que la testostérone thérapeutique vous redonnera la vitalité de votre jeunesse. Mais avant d’entamer le traitement, assurez-vous qu’il y a bel et bien quelque chose à traiter.

Cet article est le fruit d’une collaboration entre l’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill et le Détecteur de rumeurs.

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