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Everything you need to know about a hangover (French version only)

Les articles du Détecteur de rumeurs sont rédigés par des journalistes
scientifiques de l’Agence Science-Presse. Les Fonds de recherche du Québec et
le Bureau de coopération interuniversitaire sont partenaires du Détecteur de rumeurs.

Auteur : Agence Science Presse – Catherine Couturier

Pour certains, chaque lendemain de congé, en particulier au temps des Fêtes, comporte le risque de se réveiller avec un mal de tête, la nausée et une fatigue extrême, résultats d’une soirée trop bien arrosée. Pourquoi a-t-on la gueule de bois ? Y a-t-il des cures miracles ? Peut-on prévenir? Le Détecteur de rumeurs fait le tour de la question.

Veisalgie est un nom savant pour la gueule de bois: du norvégien kveis, qui veut dire « inconfort succédant à la débauche » et du grec algia, qui veut dire « douleur ».

Ce « mal de cheveux » a une foule de causes et d’effets, ce qui rend difficile de trouver « LE » remède. De plus, plusieurs seront étonnés d’apprendre que la recherche sur ce qui cause et ce qui guérit la gueule de bois est très jeune —en gros, elle se fait surtout depuis le début des années 2000. Et elle tend à conclure… que tout ce qu’on croyait savoir sur les causes et les remèdes est faux, ou du moins non prouvé scientifiquement.

Comme le résumait en 2018 le journaliste scientifique Adam Rogers dans le magazine Wired, « le phénomène de la gueule de bois est intrigant ; nous ne savons toujours pas pourquoi ces symptômes perdurent après que l’alcool et ses métabolites ont été éliminés du corps ».

La quête des causes de la gueule de bois

D’emblée, on s’entend sur le fait qu’une seule cause ne semble pas expliquer le triste état dans lequel on se retrouve après une beuverie. On a longtemps pensé que l’acétaldéhyde, un des produits de la dégradation de l’alcool, était le responsable de plusieurs maux liés au lendemain de veille. Or, les pires symptômes surviennent lorsque les niveaux d’acétaldéhyde sont à leur plus bas.

Est-ce la déshydratation? L’alcool est un diurétique, et fait éliminer plus de liquide que ce qui est consommé. Mais les niveaux d’électrolytes chez les personnes avec une gueule de bois ne sont pas nécessairement plus bas que d’habitude, et ils ne sont pas en corrélation avec la sévérité des symptômes. Le fait de se réhydrater n’élimine pas tous les symptômes non plus.

L’hypoglycémie offre une autre explication qui semble logique, puisque la déshydratation fait aussi baisser les taux de glucose dans le sang. Mais prendre une dose de glucose ou de fructose n’enlève pas les symptômes. C’est peut-être même le phénomène inverse qui se produit : l’alcool augmenterait en fin de compte le taux de glycémie dans le sang et rendrait la gueule de bois encore plus pénible. L’alcool affecte également la qualité du sommeil — un peu comme si le corps était sous un décalage horaire — ce qui n’aide pas l’état général du buveur.

Une dernière piste: la gueule de bois serait le résultat d’une réponse inflammatoire de l’organisme. Une équipe de chercheurs coréens a ainsi noté que les gueules de bois étaient accompagnées par de hauts niveaux de cytokines — un tel niveau signifie que le système immunitaire de la personne est hyperactive. S’il devait s’avérer que le mécanisme de la gueule de bois est réellement une réponse inflammatoire, une des solutions serait donc de prendre un anti-inflammatoire pour la disperser, tel l’ibuprofène (comme Advil), ou encore le médicament pour la migraine Clotam. Mais la recherche n’a pas encore confirmé cette hypothèse.

La quête de la pilule miracle

Des médicaments miracles sont régulièrement annoncés et commercialisés — le marché mondial des cures contre la gueule de bois représente après tout 1 milliard $, selon une estimation d’une firme américaine— mais leurs effets sont rarement appuyés sur des études cliniques. La dihydromyricétine, extrait d’une plante chinoise, semblait prometteuse au début des années 2010. Toutefois, sa forme commercialisée n’a été testée que sur les rats. En 2018, des chercheurs chinois ont par ailleurs publié une étude sur une injection qui pouvait accélérer l’élimination d’alcool. Or, l’injection n’a été testée que sur les souris, et visait principalement à aider les premiers répondants dans des cas d’intoxication sévère, plutôt qu’à procurer un remède aux fêtards. Aux États-Unis, les clients aisés se payent même des perfusions intraveineuses aux recettes variées pour pallier leurs abus.

Plus récemment, des chercheurs finlandais ont publié les résultats d’une étude menée sur seulement 19 jeunes hommes (les résultats chez les femmes n’étaient pas concluants) qui laisse croire que la consommation de suppléments contenant de la cystéine (un acide aminé produit naturellement par le corps humain) pourrait amoindrir les symptômes. Mais d’autres recherches seront nécessaires… d’autant plus que l’étude a été financée par une société qui vend de la cystéine.

Les remèdes sur Internet pullulent : poutine, banane, pizza, un verre d’alcool au réveil, café. Mais aucune étude solide n’a démontré l’efficacité de ces traitements maison.

La quête du gros bon sens

Si un seul médicament ne peut guérir miraculeusement la gueule de bois, en revanche, certaines choses peuvent certainement atténuer divers symptômes:

Boire de l’eau
L’eau ne peut à elle seule prévenir ou guérir la gueule de bois. Mais en boire aide à rétablir la perte d’eau causée par la prise d’alcool. Boire de l’eau durant la soirée permet également de ralentir le progrès de l’alcool dans l’intestin, et dilue son effet… en plus de ralentir la consommation d’alcool. Y ajouter une solution de réhydratation (comme du Pedialyte) le lendemain matin ne fait pas de mal non plus.

Manger
Un déjeuner bien gras ou une poutine en fin de soirée n’ont aucun effet démontré sur les symptômes de la gueule de bois. Toutefois, il est préférable de ne pas boire sur un estomac vide : bien manger avant de boire de l’alcool permet ainsi de ralentir l’absorption d’alcool. En fait, manger n’importe quel aliment contenant du gras, des protéines ou des glucides, ralentit légèrement l’absorption d’alcool.

Boire clair
Il semble également que l’effet toxique de l’alcool varie selon le produit consommé. Ainsi, les alcools colorés (vin rouge, rhum, whisky) contiendraient plus de substances néfastes que les alcools clairs (vodka, vin blanc).

Prendre des médicaments
De l’ibuprofène au coucher et au réveil peut alléger les symptômes, à condition de ne pas en prendre trop, sachant que cette substance est irritante pour l’estomac. L’acétaminophène (comme le Tylenol), toxique pour le foie, est à éviter, comme l’alcool fait déjà travailler fort celui-ci. Des antinauséeux comme le Gravol peuvent aussi aider à diminuer les nausées, et à tout le moins vous aider à récupérer quelques heures de sommeil.

Boire… moins
C’est une vérité de La Palice, mais cette dernière piste reste la meilleure façon de prévenir les effets indésirables. La tolérance à l’alcool, et donc la capacité du foie à réaliser son travail, varie d’une personne à l’autre, mais en gardant son taux d’alcool sanguin en dessous de 0,01, il y a moins de risques d’avoir un lendemain de veille difficile.

Comment le sait-on? Un foie sain élimine plus ou moins une consommation alcoolisée par heure; boire plus vite risque de le surcharger. En s’en tenant aux recommandations d’Éduc’alcool, on ne devrait pas avoir trop de regrets le lendemain.

Lorsque la gueule de bois survient, le temps finit par faire son effet. Les symptômes sont à leur pire entre 12 et 14 heures après la cuite, lorsque le niveau d’alcool dans le sang revient près de zéro. Ne reste plus qu’à prendre son mal en patience!

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