/ Research in everyday life / Focus on reducing greenhouse gases is not enough! (French version ...
Détecteur de rumeurs

Focus on reducing greenhouse gases is not enough! (French version only)

Le Détecteur de rumeurs est produit par l'Agence Science-Presse, en partenariat avec
les Fonds de recherche du Québec et le Bureau de coopération interuniversitaire

Pour plusieurs défenseurs de l’environnement, la réduction des gaz à effet de serre est l’objectif unique qui accapare toute leur attention. Normand Mousseau professeur de physique à l’Université de Montréal et directeur académique de l’Institut de l’énergie Trottier, Polytechnique Montréal y voit un mythe dangereux. Il en parle dans son dernier livre Gagner la guerre du climat. Douze mythes à déboulonner.

Pour quelles raisons est-il important de rectifier ce mythe ?

Si la réduction des gaz à effet de serre (GES) est la seule base sur laquelle on prend des décisions pour l’avenir, la seule chose qu’on obtiendra avec assurance, dans un avenir plus ou moins proche, c’est... moins d’émissions de gaz à effet de serre ! Bien entendu, la réduction de gaz à effet de serre est essentielle dans le contexte des changements climatiques. Toutefois, quand vient le temps de prendre de bonnes décisions pour l’avenir, il y a plusieurs aspects à considérer : les autres enjeux environnementaux (pollution, préservation des ressources naturelles, biodiversité…), mais aussi les retombées socioéconomiques et la santé humaine.

Un exemple de décision qui prend uniquement en compte les émissions de GES ?

Récemment, le Port de Montréal a reçu une subvention de 3,2 millions $ du gouvernement du Québec pour acheter deux grues-portique électriques pour réduire les GES reliés aux activités portuaires. Une bonne décision, si on prend uniquement en considération cet aspect des choses. Toutefois, quand on regarde les émissions évitées, cette subvention revient à 1000$ la tonne de CO2. C'est 50 plus cher que son prix actuel sur le marché du carbone! De plus, comme ces grues sont fabriquées en Allemagne, cet achat n’a pas entraîné de retombées socioéconomiques positives au Québec. Aurait-on pu faire un choix qui réduise les GES, tout en ayant un impact socioéconomique positif ? Bien sûr ! Mais, pour cela, il faut casser les silos et intégrer la lutte aux changements aux autres objectifs de notre société.

Est-ce la raison pour laquelle votre groupe d’experts propose de revoir la structure de décision et d’action en environnement au Québec ?

Oui ! Depuis la Deuxième Guerre mondiale, chaque ministère a son mandat : éducation, santé, environnement, etc. Chacun travaille de son côté et prend des décisions qui sont parfois en totale opposition avec un autre ministère. Aujourd’hui, les enjeux sont beaucoup plus complexes. Il faut donc revoir notre modèle de gouvernance si on veut faire un meilleur usage de notre argent et coordonner les efforts sur les questions environnementales qui touchent toutes les sphères d’action du gouvernement.

Ainsi, le Québec s’est doté de l’objectif ambitieux de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 37,5 % en 2030 par rapport à 1990. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de stratégie concrète pour y arriver ! On travaille sans plan global ni données fiables et à jour. Bref, on avance dans le noir.

Le vrai défi de la lutte aux changements climatiques est politique. Toutes les décisions prises par le gouvernement devraient être imprégnées de cet objectif qui touche plusieurs secteurs de notre économie. Il faut que les décisions soient prises sur la base de données scientifiques, il faut mettre en place des outils de mesure pour vérifier si les mesures déployées ont atteint leur but. Ce lien entre la science et la politique est essentiel pour faire une transition énergétique, tout en réduisant les coûts et en ayant des impacts socioéconomiques positifs.

Concrètement, quel est votre projet ?

Cet automne, une vingtaine de spécialistes du monde universitaire ont élaboré une proposition pour lancer le débat sur la question. Le 6 février, nous dévoilons la proposition et lançons un appel à contribution auprès du grand public pour qu'il commente celle-ci et fasse ses propres propositions, un exercice rendu possible grâce à l'appui financier du Scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion. Pour plus de détails, on peut jeter un coup d'oeil sur cette page.

Les commentaires des citoyens et notre proposition serviront de base de discussion pour un Forum national qui se tiendra le 12 avril.

Votre verdict?

La réduction des gaz à effet de serre, c’est bien. Toutefois, l’ampleur des efforts qui sont nécessaires exige qu’on s’assure que ceux-ci permettront à la fois de lutter contre les changements climatiques, d’améliorer notre environnement, de nous enrichir et de nous amener vers une meilleure société. Pour cela, il faut repenser la structure du gouvernement, mais il faut aussi un vrai projet de société. Et ça, c’est à l’ensemble des citoyens que l’effort revient !

Ève Beaudin

bandeauDetecteur_siteFinal