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Composting to reduce our greenhouse gases? True (French version only)

Le Détecteur de rumeurs est produit par l’Agence Science-Presse, en partenariat avec
les Fonds de recherche du Québec et le Bureau de coopération interuniversitaire

Composter ses déchets de table est-il plus écologique que de les jeter, même pour quelqu’un qui ne peut pas composter à la maison ? C’est la question que nous pose Sophie, qui se demande si participer au compostage municipal réduirait ses gaz à effet de serre. Qu’en est-il si un camion doit venir chercher ses déchets alimentaires ? Le Détecteur de rumeurs lui répond.

Compostage vs enfouissement

Pour répondre à cette question, il faut d’abord expliquer ce qui différencie le compostage de la décomposition des déchets dans un site d’enfouissement. La grosse différence entre les deux, c’est l’oxygène.

Lorsqu’on composte, les microorganismes (bactéries et champignons) qui transforment les déchets alimentaires consomment de l’oxygène. Ce faisant, ils génèrent de la chaleur, de la vapeur d’eau et du dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre (GES).

En comparaison, dans un site d’enfouissement, la décomposition de la même matière organique se fait sans oxygène. Puisque tout ce qui arrive dans une décharge est compacté, puis éventuellement recouvert avec un matériau inerte ou de la terre, les matières organiques enfouies se décomposent en l’absence d’oxygène. Elles génèrent alors du biogaz composé notamment de méthane (CH4). Or, le méthane est considéré comme étant un gaz à effet de serre 23 fois plus puissant que le CO2 en termes de « potentiel de réchauffement global », un indicateur utilisé depuis les années 1990 pour les calculs d’émissions.

Ainsi, selon Recyc-Québec, l’enfouissement des matières organiques résidentielles génère plus de 6 % des émissions totales de gaz à effet de serre de la province. En détournant ces matières vers le compost, on diminue donc ces émissions de GES. De plus, l’utilisation du compost pour enrichir les sols constitue une réduction additionnelle puisqu’on séquestre ainsi du carbone dans le sol et qu’on diminue l’utilisation d’engrais chimiques dont la production émet aussi des GES.

Moins de GES malgré le transport?

Mais le fait de devoir transporter le compost sur de plus grandes distances — il n’y a pas toujours un centre de compostage dans votre région — ne fausse-t-il pas les données ? Ce n’est pas l’avis de Recyc-Québec, pour qui le bilan net d’émissions de GES reste positif, et ce même si cela implique un transport sur de longues distances (ex. 100 km).

Bien qu’il soit d’avis que le compostage maison est plus intéressant pour limiter les émissions des gaz à effet de serre, car il n’implique pas de transport de matières organiques jusqu’au site de compostage, Karel Ménard du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets estime que le compostage municipal comporte des avantages qui vont au-delà de la réduction des émissions de GES. « En envoyant nos matières organiques au compostage plutôt qu’aux ordures, on obtient du compost qui enrichit les sols. On protège aussi les eaux de surface et souterraines, car l’eau qui percole des matières organiques enfouies entre en contact avec des produits toxiques et peut contaminer ces eaux », explique-t-il. « De plus, le compost municipal permet de rejoindre des gens qui ne feraient peut-être pas du compost autrement. »

Verdict

Composter à la maison ou via la collecte municipale peut réduire les émissions de gaz à effets de serre. Même si la matière est transportée sur plusieurs kilomètres, composter semble comporter des avantages environnementaux intéressants.

– Eve Beaudin

À ce sujet…
  • Chaque Québécois génère 187 kg de déchets organiques par personne par année. (Étude de caractérisation des matières résiduelles du secteur résidentiel 2012-13)
  • Les déchets compostables comptent pour près de la moitié du poids des poubelles. (Recyc-Québec)
  • Les objectifs gouvernementaux de valorisation de 60 % des matières organiques prévus pour 2015 par le gouvernement du Québec sont loin d’être atteints. La Politique québécoise de gestion des matières résiduelles prévoit un bannissement des matières organiques à l’élimination d’ici 2020.
  • Actuellement, selon le Bilan de la gestion des matières résiduelles au Québec publié en 2015 par Recyc-Québec, le taux de recyclage des matières organiques alimentaires et résidus verts (feuilles et résidus de jardins) du secteur résidentiel est de 17 %.

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