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Non, une étude ne prouve pas l’histoire biblique de Sodome

Les articles du Détecteur de rumeurs sont rédigés par des journalistes
scientifiques de l’Agence Science-Presse. Les Fonds de recherche du Québec et
le Bureau de coopération interuniversitaire sont partenaires du Détecteur de rumeurs.

Selon l’Ancien Testament, Dieu aurait détruit les villes de Sodome et Gomorrhe dans un déluge de feu, pour punir les habitants de leurs péchés. Des chercheurs américains prétendent avoir démontré que le récit serait basé sur la chute d’une météorite ou d’une comète. Mais il y a un écart entre une spéculation et une preuve, constate le Détecteur de rumeurs.

Ce qui est vrai : une étude parue le 20 septembre affirme qu’une météorite ou une comète, de taille comparable à l’objet qui est tombé en Sibérie en 1908, serait responsable, il y a 3650 ans, de la destruction d’une ville appelée Tall el-Hammam, au Moyen-Orient. Mais surtout, prétendent les auteurs, cet impact aurait suffisamment frappé l’imagination des gens de l’époque, pour inspirer le récit biblique de la destruction des villes de Sodome et Gomorrhe : « Nous considérons aussi que les détails rapportés dans la Genèse correspondent adéquatement (a reasonable match) avec les détails connus d’un impact cosmique. »

Ce qui est incertain : Selon les différents experts qui sont intervenus depuis le 20 septembre, les analyses chimiques proposées dans cette étude, qui porte sur quelques fragments d’ossements humains, de même que les modélisations informatiques de cet hypothétique impact, sont insuffisantes pour démontrer qu’une météorite ou une comète a vraiment détruit cette ville. Il y a trop peu d’ossements, et ils sont dispersés d’une façon qui pourrait être expliquée par des causes plus banales.

Il faut d’ailleurs savoir que, jusqu’ici, l’archéologie n’a jamais établi que Tall-el-Hammam avait été détruite: le consensus est juste qu’elle a été abandonnée à différentes époques.

Ce qui est faux : Cette étude on n’a pas « prouvé » ce récit biblique. Les auteurs font plutôt un amalgame, en avançant que l’impact aurait inspiré le récit de Sodome.

Les 3 astuces du Détecteur de rumeurs

1) On peut laisser aux experts les débats concernant la qualité des ossements, des débris et des modélisations d’impacts. Mais il faut se demander, lorsqu’on est confronté à une affirmation aussi forte, si elle est vérifiable, ou si elle relève de la spéculation. En d’autres termes : faits ou opinions ?

2) Cette étude a été très populaire sur Twitter, en comparaison des autres publications de la même période, selon Altmetric. Inutile de dire que la popularité d’une recherche n’est pas un critère pour juger de sa crédibilité.

3) Plusieurs des critiques, depuis le 20 septembre, ont par ailleurs pointé les affiliations religieuses de certains des auteurs de l’étude. Le Détecteur de rumeurs rappelle que cela peut éclairer les motivations des auteurs, mais ne démontre rien.