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Les ours dorment tout l’hiver ? Faux

Les articles du Détecteur de rumeurs sont rédigés par des journalistes
scientifiques de l’Agence Science-Presse. Les Fonds de recherche du Québec et
le Bureau de coopération interuniversitaire sont partenaires du Détecteur de rumeurs.

Auteur : Agence Science Presse – Catherine Crépeau

Chaque automne, les ours se réfugient dans leur tanière pour dormir jusqu’au printemps. Pourtant, si on s’en tient aux définitions de ce qu’est une hibernation, les ours ne seraient pas de vrais « hibernants ». Le Détecteur de rumeurs explique.

Ce qu’est l’hibernation

Pour comprendre l’activité —ou l’inactivité— des ours, il faut savoir ce que signifie hiberner.

L’hibernation est un état pendant lequel les animaux ralentissent leur métabolisme — parfois jusqu’à 98 % : cela se traduit par un rythme cardiaque plus lent, une respiration plus lente et une température corporelle plus basse. Cela leur permet d’économiser de l’énergie et de survivre uniquement grâce aux réserves de graisse qu’ils ont accumulées pendant les mois « actifs ». Et ce, jusqu’à ce que la nourriture redevienne suffisante.

Les animaux vont refroidir leur corps de 5 à 10 °C en moyenne. Leur température peut ainsi descendre jusqu’à 0 °C (3,5 °C chez l’écureuil terrestre (Spermophilus lateralis) et même sous le point de congélation (−2,9 °C) au niveau de l’abdomen de l’écureuil arctique. Les rongeurs abaissent également leur flux sanguin et leur rythme cardiaque, qui peut passer de 350 battements à la minute à 4 pour le tamia et de 500 à 5 pour le lérot. Leur respiration se fait rare et des périodes d’apnée sont observées.

Ces changements pourraient être régulés par les niveaux d’adénosine dans le cerveau, indique une revue de la littérature sur l’hibernation chez les mammifères, publiée en 2007.

Pendant cette période de léthargie avancée, seules les zones du cerveau qui commandent les actions vitales de l’animal restent actives.

Pourtant, tous les hibernants ne « dorment » pas pendant des mois. Beaucoup se réveillent quelques heures à des intervalles réguliers — 3 à 5 fois pour le hamster doré et 15 fois pour l’écureuil terrestre, soit environ une fois par semaine. Ils le font pour se nourrir grâce à la nourriture amassée à l’automne, uriner et déféquer. Et l’exercice est exigeant : les hivernants dépensent environ 80 % de leur énergie pour se réveiller et se réchauffer par intermittence. Les marmottes peuvent le faire 12 à 20 fois pendant la saison d’hibernation.

On inclut néanmoins dans la liste des « vrais » hibernants les écureuils terrestres et les marmottes, de même que les mouffettes, les hérissons, les chauves-souris et certains hamsters.

Et les ours ?

Pourquoi les ours n’y figurent-ils pas? En partie parce que leurs comportements ne correspondent pas entièrement à celui des hibernants, du moins selon les critères des biologistes.

D’abord, les ours ne réduisent pas suffisamment leurs processus biologiques. Pendant leur sommeil hivernal, ils conservent une température corporelle relativement élevée, ne l’abaissant que d’environ 5 degrés. Cela leur permet de se réveiller plus rapidement en cas de danger que les hibernants typiques. Ces derniers peuvent en effet prendre plusieurs heures, voire une journée à se réveiller.

Ensuite, les ours peuvent se déplacer pour se nourrir ou s’ils sont menacés. Et les mères sont capables d’allaiter leurs petits. Elles se réveillent même pour mettre bas… avant de se rendormir !

La liste révèle aussi que ce sont surtout les petits animaux, comme les hérissons, les chauves-souris, les hamsters et les écureuils, qui hibernent. La raison est que le corps d’un ours est trop gros pour se débarrasser entièrement de la chaleur corporelle nécessaire à l’hibernation.

Par contre, les réactions métaboliques autres que la température sont, chez les ours, comparables à celles des autres hibernants : leur rythme cardiaque ralentit à environ 4 battements par minute et la consommation d’oxygène chute d’environ 75 % : les ours ne prennent qu’une ou deux respirations par minute. Cela suggère que les mêmes processus physiologiques soient en jeu chez les ours que chez les autres.

Torpeur ou hivernation

Pour ces raisons, plusieurs chercheurs préfèrent parler d’un « sommeil d’hiver » ou d’un état de sommeil léger appelé torpeur. Les auteurs d’un article publié en 2015 dans la revue Physiology parlent d’un état de torpeur continue, pendant plusieurs mois. D’autres chercheurs parlent de sommeil hivernal ou d’hivernation.

Quand il est dans cet état, l’ours maintient une température corporelle, une respiration et un rythme cardiaque normaux lors de ses périodes actives, mais lorsqu’il est inactif, il entre dans un sommeil plus profond qui lui permet d’économiser de l’énergie.

Verdict

Les ours n’hibernent pas complètement pendant l’hiver : ils ralentissent leur métabolisme, mais pas autant qu’un « vrai » hibernant, et ils restent suffisamment alertes pour se « réveiller » rapidement en cas de danger.

L’hibernation est généralement associée aux températures froides, mais certaines espèces hibernent pour combattre la chaleur ou pour survivre à des pénuries alimentaires. Par exemple, en Australie, les échidnés —quatre espèces de mammifères qui pondent des œufs— hibernent après les incendies, le temps que les ressources alimentaires se rétablissent.