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L’astrologie, jamais étudiée par les scientifiques ? Faux

Les articles du Détecteur de rumeurs sont rédigés par des journalistes
scientifiques de l’Agence Science-Presse. Les Fonds de recherche du Québec et
le Bureau de coopération interuniversitaire sont partenaires du Détecteur de rumeurs.

Auteur : Agence Science Presse – Jonathan Jarry

L’astrologie a-t-elle à ce point mauvaise réputation que les scientifiques s’en détournent depuis des siècles ? Contrairement à ce que plusieurs imaginent —y compris de fervents défenseurs de l’astrologie— la science a au contraire tenté d’investiguer les prétentions de cette pseudoscience, même en plein 20e siècle. Le Détecteur de rumeurs et l’OSS expliquent.

Faits à retenir
– Des scientifiques ont testé l’astrologie
– L’astrologie se mérite le qualificatif de « pseudoscience », mais pas en raison de ses origines « non-scientifiques »

L’astrologie s’appuie sur une prémisse très simple: les positions des différents corps célestes (la Lune, les planètes, même certains astéroïdes) au moment de notre naissance révéleraient des secrets sur notre personnalité et notre futur. Certains astrologues affirment également que la position de ces mêmes corps célestes influence le cours des événements —politiques, économiques, sociaux.

Le mécanisme derrière une « influence » supposément capable de nous atteindre à des millions, voire des milliards, de kilomètres, n’est jamais vraiment expliqué par les astrologues. Mais cela importe peu: s’il y avait bel et bien une influence des planètes sur les événements ou sur les personnalités, on pourrait alors la mesurer. Autrement dit, d’un point de vue statistique, on serait censé pouvoir observer qu’il y a davantage de telle chose et moins de telle autre chose, lorsque Jupiter est dans tel endroit du ciel.

Et des scientifiques l’ont testé. Depuis les années 1950, une série d’études se sont penchées sur plusieurs aspects de l’astrologie : les événements qu’elle prédit, ou bien les signes du Zodiaque dont on prétend qu’ils mèneraient à certains choix professionnels, ou encore l’habileté des astrologues à apparier profils astrologiques et individus. Et les résultats de ces études sont dévastateurs.

Face à une telle accumulation de preuves qui réfutent leur hypothèse, des scientifiques « normaux » chercheraient à l’améliorer, à l’étudier plus en profondeur, ou même à la remplacer par une meilleure théorie. Mais les astrologues, face à cette accumulation de preuves, ont plutôt choisi de l’ignorer ou de la rejeter.

Leur réaction à une étude publiée en 1990 l’illustre. Les chercheurs avaient conçu leur étude avec la pleine collaboration de la Fédération d’astrologues de l’État de l’Indiana. Qui plus est, la carte astrale du chercheur principal, qui montre où chaque corps céleste se trouvait au moment de sa naissance, avait été inspectée par la Fédération. L’étude elle-même était simple : six astrologues allaient recevoir 23 cartes astrales de naissance et devaient les faire correspondre à 23 individus, pour qui les astrologues avaient accès à une photo et à leurs réponses à un long questionnaire, qui avait été lui-même conçu par la Fédération.

Le résultat : chaque astrologue testé a eu de zéro à trois concordances sur un total de 23, avec une moyenne d’une seule. Suite à ce verdict médiocre, la Fédération d’astrologues a choisi de dire que l’astrologie ne donne pas toujours des résultats quantifiables, mais qu’elle fonctionne quand même.

Ce genre de réaction des astrologues avait déjà mené le philosophe des sciences, Paul Thagard, à déclarer en 1978 que l’astrologie était une pseudoscience. Cette qualification n’avait rien à voir avec les origines non-scientifiques : la chimie, par exemple, est née de l’alchimie. Ce n’était pas non plus en raison de l’absence d’un mécanisme explicatif sur « l’influence » des planètes : par exemple, la théorie de la dérive des continents était vraie, même avant la découverte des plaques tectoniques qui expliquent son fonctionnement.

La raison de l’étiquette « pseudoscience » était que la communauté des astrologues avait plus ou moins refusé de faire face à la musique. L’astrologie avait moins progressé au fil du temps que des théories « alternatives », comme la psychologie. Bien qu’on aurait pu l’appeler une proto-science à ses débuts, elle était devenue un projet de moins en moins prometteur, avant de finalement se mériter l’appellation de pseudoscience.

La force d’attraction de l’astrologie

Il reste que l’astrologie a un certain attrait. Des données indiquent que les gens captivés par l’astrologie ont une perspective religieuse, sans être affiliés à une grande religion. Et des sondages ont révélé que l’astrologie serait encore plus attirante pour les individus qui démontrent un niveau intermédiaire de compréhension scientifique. En effet, l’astrologie semble, au premier coup d’œil, avoir les attributs d’une science : elle fait des prédictions, elle semble se baser sur des calculs et elle se dote de systèmes et de structures.

Même les gens ayant un regard sceptique vis-à-vis de l’astrologie peuvent se faire prendre au jeu lorsqu’elle produit des descriptions positives d’eux-mêmes. Le charme de cette pseudoscience se voit renforcé par un fonctionnement de base de notre cerveau, qui nous pousse à chercher du sens, un ordre, au milieu de données aléatoires, et à chercher des intentions au milieu d’événements naturels. En temps de crise, les prédictions de l’astrologie peuvent ainsi nous donner l’impression d’être davantage en contrôle de la situation.

Ce qui pourrait expliquer que, l’an dernier, après plusieurs mois de pandémie, les astrologues disaient vivre un regain de popularité.