Les troubles du spectre de l’autisme (TSA) touchent un nombre croissant de personnes, mais leurs causes biologiques demeurent en grande partie inconnues. L’hétérogénéité des manifestations du TSA rend difficile le développement de traitements efficaces, les approches universelles ayant montré leurs limites. Le syndrome de l’X fragile, une mutation génétique qui est la principale cause héréditaire des TSA, constitue toutefois un modèle précieux pour mieux comprendre certains mécanismes communs. C’est dans ce contexte que Dre Artuela Çaku, médecin biochimiste spécialisée en lipidologie au Centre de recherche mère-enfant du CHU de Sherbrooke, s’est intéressée au rôle du cholestérol. Lors d’études cliniques, son équipe a observé que près de 30 % des personnes atteintes du syndrome de l’X fragile – et une proportion similaire de personnes autistes – présentaient des taux de cholestérol anormalement bas. Or, le cholestérol est une molécule essentielle au développement et au bon fonctionnement du cerveau.
Les recherches de Dre Çaku ont mis en évidence un lien entre de faibles niveaux de cholestérol mesurés dans le sang et certains traits cognitifs et comportementaux (hyperactivité, mouvements stéréotypiques ou troubles de langage). Comme le cerveau produit son propre cholestérol, indépendamment du reste de l’organisme, l’équipe a cherché à savoir si ces anomalies périphériques reflétaient aussi ce qui se passe sur le plan cérébral. Pour y parvenir, elle a développé des méthodes innovantes permettant de mesurer, à partir d’une prise de sang, des métabolites du cholestérol issus du cerveau, appelés « oxystérols ». Les résultats montrent notamment une diminution du 24-hydroxycholestérol, un marqueur clé du métabolisme cérébral du cholestérol. En parallèle, des collaborations avec l’Institut de recherche clinique de Montréal ont permis d’identifier une altération de la protéine PCSK9, impliquée dans la régulation du cholestérol, ce qui offre une piste pour expliquer ces observations.
Ces travaux ouvrent la voie à une approche médicale personnalisée pour l’autisme. En identifiant un sous-groupe de personnes atteintes de TSA qui affichent des anomalies spécifiques du métabolisme du cholestérol, il devient possible d’envisager des outils de dépistage plus fins et, à terme, des interventions mieux adaptées.
Références :
Çaku, A., Seidah, N. G., Lortie, A., Gagné, N., Perron, P., Dubé, J., et Corbin, F. (2017). New insights of altered lipid profile in fragile X Syndrome. PLoS One, 12(3):e0174301. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0174301
Laroui, A., Rojas, D., Bouhour, S., Proteau-Lemieux, M., Galarneau, L., Benachenhou, S., Abolghasemi, A., Plantefeve, R., Mallet, P.-L., Corbin, F., Lepage, J.-F., et Çaku, A. (2025). Associations between plasma 24(S)-hydroxycholesterol and neuropsychological profile in fragile X syndrome. Journal of Lipid Research, 66(5), 100787. https://doi.org/10.1016/j.jlr.2025.100787



