Outils de partage

L’apparition du monopole de la vérité

Au cœur des religions se trouve la certitude de détenir la vérité absolue, une compréhension de l’ordre du monde et de la place qu’y occupent les êtres humains. Quelle est l’origine de cette croyance? Quels en sont les fondements?

Fabrizio Vecoli, chercheur à l’Institut d’études religieuses de l’Université de Montréal, a analysé l’émergence de la prétention au discernement de la vérité au sein des premiers ordres religieux chrétiens. Cette question a rarement été étudiée dans une optique historique plutôt que théologique.

On trouve cette revendication de discernement de la vérité notamment au cœur des justifications des groupes extrémistes.

Le chercheur a effectué une recension de la littérature scientifique moderne sur ce sujet, mais surtout d’anciens manuscrits de l’Orient chrétien des quatrième, cinquième et sixième siècles. C’est à cette époque qu’apparaît, dans la chrétienté, la revendication des moines à une connaissance supérieure sous prétexte d’un accès à la divinité.

Les travaux du chercheur rappellent que dans le monde chrétien, ce sont les moines qui ont voulu suivre les préceptes de leur religion de la manière la plus radicale possible. Leur mode de vie ascétique expliquerait en partie ce qui est présenté comme un pouvoir de divination du réel. En se privant des plaisirs de la chair, les moines croyaient se ménager un accès à une vérité métaphysique supérieure. Cet ascétisme fascinait leurs contemporains et en amena un grand nombre à croire en ce pouvoir.

Ainsi, cette prétention au discernement de la vérité devint non seulement l’un des fondements de l’autorité religieuse, mais aussi de son pouvoir politique. Puisque la vérité énoncée par les moines proviendrait d’une compréhension du divin elle serait donc incontestable, conférant à ces religieux une autorité presque absolue.

Selon Fabrizio Vecoli, il est d’autant plus important de comprendre les mécanismes de cette revendication de discernement de la vérité qu’elle a encore cours aujourd’hui. On le trouve notamment au cœur des justifications de nombre de groupes extrémistes issus tant de la chrétienté que d’autres religions.