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L’écoféminisme en lutte contre les changements climatiques

« Je suis d’abord devenue environnementaliste, puis féministe, avant de découvrir, en terminant ma maîtrise à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) dans les années 1990, l’approche écoféministe, qui unissait quasi parfaitement mes deux intérêts de recherche », explique Annie Rochette. Actuellement directrice de l’École du Barreau de la Colombie-Britannique, elle était encore récemment professeure au Département des sciences juridiques de l’Université du Québec à Montréal.

C’est à cette université qu’elle est revenue faire de la recherche en droit de l’environnement, après avoir obtenu son doctorat en droit de l’Université McGill en 2011. Elle utilise alors les approches écoféministe et féministe. Elle est alors recrutée par le Réseau des femmes en environnement (RQFE) pour diriger une recherche sur l’intégration du genre dans les politiques gouvernementales de lutte contre les changements climatiques au Québec. Elle devient alors la première chercheuse de la province à travailler sur le lien entre genre et changements climatiques. Cette recherche a donné lieu à une subvention du MELS, en partenariat avec le RQFE, le Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE) et Relais-Femmes, par l’entremise des Services aux collectivités de l’UQAM, pour créer des fiches thématiques et organiser des ateliers, question de sensibiliser les mouvements sociaux.

« L’écoféminisme établit des liens conceptuels entre l’exploitation de l’environnement et l’oppression des femmes, des personnes racisées et pauvres, et des communautés autochtones, en montrant que les mêmes institutions et les mêmes systèmes sont à l’œuvre dans les deux cas, résume Annie Rochette. Les féministes se sont longtemps méfiées de l’écoféminisme, en raison des liens qui y sont faits entre nature et femme. Il serait facile de verser dans un “essentialisme” qui affirmerait que, par nature, les femmes sont comme ci et les hommes sont comme ça. Ce type de dérive biologique est en fait très marginal dans la littérature écoféministe, qui se concentre davantage sur les aspects socioéconomiques. Dans les études sur le genre et les changements climatiques, on trouve maintenant tout autant des écoféministes que des féministes. »

Un impact politique et social

La recherche réalisée pour le RQFE et les ateliers ont contribué à des prises de position politiques. Selon Annie Rochette, le mouvement féministe perçoit de plus en plus les questions environnementales comme des sujets féministes. Elle donne l’exemple de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), qui a reconnu récemment le lien entre l’exploitation des ressources naturelles et celle des femmes, et l’a intégré à ses principaux axes d’action. La chercheuse a joué un rôle actif lors d’ateliers sur la question offerts aux membres de la FFQ, et en prononçant des conférences devant des syndicats, par exemple.

Il reste à régler le problème de communication entre les théoriciennes de l’écoféminisme et les chercheurs qui ont pour principal champ d’études les changements climatiques. La vaste majorité de ces derniers proviennent des sciences pures et s’intéressent relativement peu aux aspects socioéconomiques. La question du genre ne se trouve pas vraiment sur leur radar.

Les deux groupes travaillent donc en silos. « Pourtant, l’écoféminisme et le féminisme sont des cadres théoriques intéressants pour réfléchir à ces questions-là et les prendre à la racine, en identifiant les véritables mécanismes à l’origine des changements climatiques », conclut Annie Rochette.


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