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Non, toutes les études ne sont pas égales : coquilles d’œufs et arthrose

Le Détecteur de rumeurs est produit par l’Agence Science-Presse, en partenariat avec
les Fonds de recherche du Québec et le Bureau de coopération interuniversitaire

La membrane de coquille d’œuf naturelle est un supplément populaire pour les gens souffrant d’arthrose. Les compagnies qui vendent ce produit affirment qu’il apporte un soulagement articulaire et qu’il améliore l’amplitude de mouvement du consommateur en une semaine ! Le Détecteur de rumeurs et l’Organisation pour la science et la société se sont demandé sur quoi reposent ces affirmations.  

Origine de la rumeur

On l’appelle sur divers sites anglophones la NEM : Natural Eggshell Membrane. Vendue sous forme de capsules, elle serait une source de collagène, de chondroïtine, de glucosamine, d’acide hyaluronique et de calcium, des ingrédients qui ont tous été évalués comme traitements pour l’arthrose.

Pour ceux qui se tournent vers cette solution, le prix de ces capsules n’est pas exorbitant : de 50 sous à 1 dollar par jour.

Mais peut-on se fier aux allégations des fabricants qui apparaissent sur les emballages ? Pour le savoir, nous avons parcouru les études publiées.

Les études sur les rats

De nombreuses études ont d’abord été effectuées en laboratoire sur des cobayes animaux.

  • Cette première étude démontre une réduction du niveau de certaines substances du système immunitaire (les cytokines) lorsque la NEM est administrée à différentes doses. Leur échantillon était seulement de trois rats pour les doses inférieures et de huit pour les doses supérieures.
  • Cette autre étude est arrivée à une conclusion similaire, mais ne se base que sur un échantillon de sept rats.
  • Cette troisième étude s’est penchée sur la NEM additionnée de gras de chèvre (source d’acides gras oméga-3) à diverses doses, et a rapporté des résultats positifs. Là, encore, seulement cinq animaux testés pour chacune des doses.
  • Cette dernière étude, quant à elle, a rapporté des résultats positifs quant à la réduction du diamètre des chevilles, ainsi qu’une réduction des niveaux de cytokines dans le sang… mais l’échantillon était de 54.

Même si ces études animales ont démontré des résultats qui semblaient positifs, on peut voir qu’elles portaient toutes sur de faibles échantillons, ce qui devrait déjà être de nature à inciter à la prudence. De plus, l’histoire de la pharmacologie est riche en exemples de médicaments qui, testés sur des rats, montraient des résultats encourageants, mais qui se sont révélé inefficaces chez les humains. C’est pourquoi le Détecteur de rumeurs suggère à ses lecteurs de se demander si des études scientifiques ont été menées chez des humains, avant de conclure si un supplément fonctionne ou non.

Les études chez l’humain

Quelques études de ce genre ont effectivement été publiées dans des journaux scientifiques au cours de la dernière décennie.

  • Cette étude, publiée en 2014, a recruté 37 patients qui ont tous reçu 500 mg de NEM, chaque jour pendant huit semaines. Des résultats statistiquement significatifs ont été obtenus lorsqu’on a demandé aux patients de remplir un questionnaire évaluant leur douleur sur une échelle de 1 à 10. Il y a, par contre, un problème important : l’absence de placebo, c’est-à-dire comparer les participants qui ont reçu le produit avec un nombre égal de participants ayant reçu une pilule inerte.
  • Cette autre étude, publiée en 2015, a, elle, comparé avec un placebo et a été réalisée en double aveugle (ce qui veut dire que ni les patients, ni ceux qui leur donnaient les produits, ne savaient lequel était le vrai et lequel était le placebo). Par contre, l’étude n’a recruté que 25 patients : 13 ont reçu BiovaFlex (qui contient de la membrane de coquille d’œuf soluble dans l’eau), 12 ont reçu un place Il y avait un autre problème : l’étude ne nous dit pas ce que contient BiovaFlex. Détail important : l’étude était financée par la compagnie.
  • Cette troisième étude, publiée en 2008, contenait aussi un placebo et a été faite en double aveugle, avec 31 participants recevant le placebo et 29 recevant 500 mg de NEM, chaque jour. Par contre, le taux d’abandon de l’étude fut de 40 %. Pour les participants qui ont terminé l’étude, les chercheurs ont rapporté, deux mois après le traitement, des résultats encourageants en termes de réduction de la douleur et de la rigidité, mais des résultats non-significatifs au niveau de l’amélioration de la fonction des articulations et de leur santé générale.

En bref, les données probantes sur la membrane de coquille d’œuf naturelle dans le traitement de l’arthrite sont comme la membrane elle-même : assez minces. Elles illustrent la différence entre un « résultat statistiquement significatif » et un « effet cliniquement significatif », ce qui devrait rendre les lecteurs du Détecteur de rumeurs plus prudents quant aux allégations de santé indiquées sur les emballages de ces produits.

Ce texte est une adaptation du texte anglais publié sur le site de l’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill et rédigé par Ada McVean.

 

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