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Coccinelles otages

La petite guêpe Dinocampus coccinellae est toute une profiteuse! Pour assurer la survie de sa descendance, elle oblige une coccinelle à devenir la mère porteuse de son œuf, puis le garde du corps du cocon de sa progéniture.

Heureusement, la coccinelle s’en sort indemne et peut continuer à remplir son rôle d’arme biologique en consommant les pucerons nuisibles aux cultures, se console Jacques Brodeur, chercheur au Laboratoire de lutte biologique de l’Institut de recherche en biologie végétale de l’Université de Montréal. Il est le premier scientifique à documenter une telle relation parasitaire.

Pour se reproduire, la guêpe pond dans une coccinelle et prend contrôle de son hôte en lui injectant un virus paralysant.

Avec Frédéric Thomas, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique en France, et Fanny Maure, étudiante à l’Université de Montréal, il a mis à jour un réel cartel à trois. Pour se reproduire, la guêpe pond dans une coccinelle et prend contrôle de son hôte en lui injectant un virus paralysant. Après trois semaines, la larve de guêpe s’extirpe du corps de la coccinelle pour aller tisser son cocon entre ses pattes.  La « bête à bon Dieu » poursuit alors, contre son gré, son rôle protecteur jusqu’à ce que la nouvelle guêpe adulte quitte le cocon pour voler de ses propres ailes.

Cette prise en otage cache cependant une certaine compassion : la guêpe ne détruit pas sa mère porteuse et elle la libère une fois son développement terminé. La coccinelle peut alors recommencer à se mouvoir, à se nourrir et même à se reproduire, ce qui est très rare dans les relations parasitaires. Cette formidable histoire a valu à la petite guêpe de faire la une du magazine National Geographic en novembre 2014. La photo (ci-dessus), fortement médiatisée, montre l’insecte en contre-plongée sous sa forme larvaire dans son cocon surmonté de la coccinelle parasitée.